Borne d’affichage (digital signage) avec un raspberry pi, enfin une solution : screenly

Souvenez vous, il y a un moment de cela j’avais acheté mon premier pi pas pour moi mais pour le lycée afin de faire ce qu’on appelle chez les professionnels du digital signage. Ce n’est pas anodin que j’insiste sur le terme anglophone, du fait qu’il n’y ait rien en France à ce propos à part une communauté Xibo qui a son forum à moitié fermé, à part moi qui en parle, comme je suis souvent le seul à parler de certaines choses en France, personne n’aborde le sujet, c’est clair qu’un afficheur dynamique à 40 € je dois être le seul malade mental qui doit chercher à en réaliser un. J’évoquais Xibo, Xibo 1.4.2 était complètement daubé, une nouvelle version vient de sortir et on peut observer les gens se battre pour le compiler pendant 40 heures sur le raspberry pi, ils échouent, j’ai lu un commentaire qui semblait officiel pour dire que Xibo était trop gourmand pour tourner sur un pi, un de plus. J’ai tenté openelec pour voir si on pouvait faire quelque chose, c’est un produit que je ne connaissais pas, c’est vraiment énorme pour qui veut créer un média center à pas cher sur sa télé, mais c’est une autre histoire, en tout cas pour moi, j’ai une PS3 et je suis le roi du monde, je vous invite toutefois à jeter un coup d’œil. Dans un moment de désespoir j’ai lancé mon moteur de recherche propriétaire préféré en tapant digital signage sur moins d’un mois et j’ai trouvé le bonheur avec screenly. Screenly s’installe comme une image traditionnelle par la commade dd, au lancement vous avez un magnifique écran qui vous indique l’adresse ip à laquelle vous connecter du type 192.168.1.x:8080, ce qui vous fait arriver aux captures suivantes :  

C’est simple, on a une liste d’éléments qui se décomposent entre de la vidéo, des images, une adresse web. On ajoute l’élément, on paramètre sa durée, pendant combien de temps on veut que ça apparaisse et en voiture Simone. C’est vraiment simple, intuitif, ça marche. Je n’ai rencontré pour l’instant que les problèmes suivants : la reconnaissance de certains caractères accentués, la reconnaissance des fichiers flv (en même temps c’est pas la mort), des problèmes de temps de chargement qu’on voit sur le site du lycée où d’un coup ça réapparaît, le site de la météo où les soleils n’apparaissent pas.

Il faudra donc un peu travailler ici ou mieux choisir les sites, il s’agit d’une image raspbian en tout cas puisque je viens de faire un gros sudo apt-get install browser-plugin-gnash ce qui ouvre d’autres perspectives. La problématique va rester la formation des collègues, en effet de l’image, de la vidéo et du web, ce n’est pas suffisant, un éditeur de texte aurait été l’idéal. Du fait que l’outil soit simple, il faudra juste montrer aux collègues comment taper du texte dans un logiciel de dessin de base et faire l’export au format jpg. On notera que la vidéo ci-dessous a été réalisée avec l’Open C de chez ZTE, la qualité est largement supérieure à celle de mon ancien Alcatel qui fait désormais le bonheur du beau-père.

La borne ainsi modelée entrera en production dès la rentrée.

Diaspora* dans la tourmente…

ou comment le cyberdjihadisme contraint le réseau Diaspora* à s’interroger sur ses propres fondements. Entendez par là : techniques et philosophiques.

Lorsque j’ai écrit mon article sur le cyberdjihadisme, je n’ai pas imaginé une seule seconde qu’un peu plus d’un mois après, le réseau Diaspora*, jusqu’alors épargné, serait lui aussi "victime" du djihad médiatique organisé par les organes de propagande de l’État Islamique.

Capture d'écran du premier post d'Al-Hayat Media Center.
Capture d’écran du premier post d’Al-Hayat Media Center.

En réalité, l’offensive médiatique sur Diaspora* a commencé il y a tout juste un mois et s’est intensifiée ses derniers jours avec la diffusion d’une profusion de liens notamment par l’un des principaux organes médiatiques de l’État Islamique, Al-Hayat Media Center, structure créée en mai dernier.

La stratégie médiatique de l’État Islamique est évidente, tant par la nature et la qualité des productions que par leur diffusion : multiplication des supports (vidéo, audio, magazine…), des langues (français, anglais, allemand, russe…), des formats (mp4, ogv, mp3, jpeg, pdf…), des relais de diffusion (réseaux sociaux, hébergements gratuits…).

Montage
Montage réalisé à partir de deux publications (en français) dont les liens ont été diffusés sur Diaspora* le 20/08/2014.

Ce qui est moins évident, en revanche, ce sont les raisons de cette profusion de contenus (liens, images, etc.) sur Diaspora* ces derniers jours. Outre le fait qu’un grand nombre de comptes utilisés sur Twitter ont été fermés récemment, on peut, en effet, s’interroger sur ce choix parmi d’autres réseaux sociaux moins populaires. Un article de la BBC, "Islamic State shifts to new platform after Twitter block", affirme que ce choix vient du peu d’opposition ou résistance que les propagandistes ont trouvé sur Diaspora* :

The relative resilience of Diaspora appears to have dictated its choice as the preferred alternative to Twitter for the new IS accounts set up in the past few days.

Mais, à bien y regarder, l’offensive médiatique est allée bien au-delà de Diaspora* : Friendica, Quitter, JustPaste.it, etc. Tous ont réagi promptement :

Quitter
Capture d’écran réalisée sur un compte ouvert par les propagandistes de l’État Islamique, 20/08/2014.

Comptes et contenus ont été supprimés sauf sur… JustPaste.it où persiste un très grand nombre de liens :

Sélection_015
Capture d’écran d’une page du site JustPaste.it le 20/08/2014.

Si Mariusz Żurawek, le créateur de JustePaste.it, a collaboré quand il lui a été demandé la suppression de certains contenus, en juin dernier, par ailleurs, il se dédouane de toute responsabilité quant à l’utilisation qui peut être faite du service qu’il propose :

“The people know that the service is not responsible for what users are posting,” Żurawek said. “As soon as they stop using Justpaste.it, they will find another site.”

Ce qui n’est pas le cas pour Diaspora*, comme l’explique Maxwell Salzberg de joindiaspora.com :

We have a zero-tolerance policy for violence and other hate speech, so we delete any accounts which have been reported as violating these terms.

Pourtant, l’article de BBC présente l’offensive des propagandistes sur Diaspora* comme la résultante d’une résilience toute relative du réseau. Ce n’est pas tant le terme résilience qui questionne que l’adjectif qui lui est accolé : relative. Ce qui est en cause est, ici, en somme, la capacité de réaction ou d’adaptation de Diaspora*. Sa lenteur, peut-être aussi.

Hier, dans la soirée, j’ai posté alerte sur alerte.

Alerte sur Diaspora*
Alerte sur Diaspora*

D’autres utilisateurs ont fait de même.

J’ai passé une bonne partie de la nuit de comptes en contenus. Je n’ai rien vu de bien différent de ce que j’avais consulté pour mon article sur le cyberdjihadisme, sinon des photos récentes postées directement sur certains comptes, des liens avec de nouvelles vidéos et de nouveaux numéros des magazines. Le nouveau était dans la profusion et la francisation des documents. Selon Fla, le podmin de diaspora-fr.org, ce qui était accessible n’était qu’une « minuscule partie de l’iceberg ». Je le crois bien volontiers.

Ce matin, suite aux nombreux signalements qu’il a reçus dans la nuit, Fla a fait une mise au point dans laquelle il fait part de l’inconfort de sa position : « Je suis donc dans un dilemme important, car s’il va de soi que je ne souhaite pas permettre la diffusion de contenu incitant à la haine et à la violence, je participe au projet Diaspora* car je pense que nous avons besoin d’endroits pour nous exprimer librement sans se faire censurer au moindre doute. »

— Cette oscillation entre censure et liberté (qui a teinté largement la discussion que nous avons eue) est une constante dans le Libre. Je ne vais pas m’étendre une énième fois sur un sujet que j’ai amplement abordé par le passé dans maintes articles sinon pour exprimer une certitude : je suis convaincu que nos tergiversations sur la liberté en générale (dont la liberté d’expression n’est qu’une variation) ou, pour le dire autrement, notre incapacité (relative résilience) à tenir un raisonnement serré sur cette notion est une porte grande ouverte à tous les vents. Et c’est très certainement pour cette raison aussi que le seuil de la maison Diaspora* a été franchi sans retenue. Point que souligne le communiqué qui a été publié sur le blog de la fondation ce soir.

Pour autant, nos échanges n’ont pas été vains. Loin s’en faut. Comme l’a dit Fla en fin de journée : « On se bouge. » La « communauté a réagi vite ». Et Diaspora* a refermé la porte au nez des mauvais coucheurs. Mais la vigilance reste de mise. C’est la nature même de Diaspora* qui l’exige.

C’est là l’autre point sur lequel le communiqué officiel de la fondation Diaspora* insiste : Diaspora* est développé librement et son réseau est décentralisé. Deux atouts majeurs dans son fonctionnement qui laissent la part belle à la responsabilité de ses utilisateurs. Conséquemment, personne ne peut limiter son utilisation pas plus qu’il n’est pas possible d’intervenir sur les différents nœuds (pods) qui forment le réseau ; chaque nœud particulier étant sous l’entier contrôle de son administrateur qui est le seul à pouvoir supprimer un contenu jugé "indésirable" ou "ligitieux". Et c’est très certainement là aussi l’une des raisons qui a motivé cette offensive des propagandistes de l’État Islamique.

A la recherche de la motivation perdue

Je partage le constat que fait Cyrille sur le manque et la raréfaction de contenu sur Internet. Le partage est une valeur importante mais sans création, au bout d’un moment, il n’y a plus rien à partager.

On peut constater l’état de mollesse ambiante de notre société. Les internautes et les téléspectateurs suivent un fait divers pendant 3 jours puis passent à autre chose rapidement.  Syrie, Robin Williams, le jeu des glaçons, Ebola, Loft Story, l’Amour est dans le pré, le chômage, l’Islam…

Les médias classiques passent d’un sujet à l’autre, pour vendre du temps de cerveaux disponible a leurs annonceurs, sans approfondir, sans pédagogie bien souvent.

Comment, dans ces cas là, trouver la force et la motivation pour créer ?

La société des loisirs a commencé à nous plomber dans les années 70-80 avec le début de la consommation de masse, avec chacun sa télévision, sa maison, sa bagnole, son canapé en cuir, son chien et la niche qui va avec et ses 2,6 enfants comme disait Coluche.

Insouciance des années fric, explosion de la TV avec ses nouveaux programmes plus débiles les uns que les autres (la 5 en France et les chaînes de Berlusconi en Italie en sont la démonstration flagrante), chacun avait le droit à sa part de bonheur consumériste, chacun le cherchait activement. Au détriment du collectif, de la société dans son ensemble.

George Orwell prédisait une société de surveillance, incarnée par le fameux Big Brother, dans le roman 1984. Un Etat policier dominait la société, la liberté d’expression n’existait plus et les citoyens n’avaient plus de liberté. Une bonne lecture de rentrée, d’ailleurs.

Or aujourd’hui, je crains bien plus la plus vision du monde d’Aldous Huxley, telle que décrite dans son roman Le meilleur des mondes que celle d’Orwell. Huxley décrit une société divisée en castes, neutralisée par la consommation, les loisirs, l’usage de drogues récréatives anesthésiantes et la pratique du sexe avec de nombreux-ses partenaires. Tiens, encore une bonne lecture de rentrée. 

La passivité du citoyen, le manque de volonté pour agir et la course à la consommation irréfléchie nous amènent petit à petit vers le modèle d’Huxley.

J’invite depuis quelques temps les personnes que je croise à se tourner vers l’action, que ce soit vers la vie associative, politique, sportive… L’inaction profite toujours à ceux qui sont en place, qui pensent et agissent pour vous. Ou plutôt pour qui pensent et agissent pour eux et leur maintien au somment de la pyramide.

Quoi qu’on en dise, les gens ont du temps mais le dépensent mal : qui n’a pas perdu 2 heures devant Youtube en sautant de vidéo en vidéo ? Qui n’a pas déjà regardé sa série TV préférée en 4 sessions de 3 h ? Qui ne perd pas 1 h par jour à balancer des « kikoulol » en statut sur FB ? Qui n’a pas perdu 1 h en flanant sur des sites de ventes privées de fringues ou de produits techno à la mode sans acheter ? Nous avons du temps mais nous glissons dans le scénario du Meilleur des mondes. Par facilité. La consommation de masse, héritée de nos parents, et la passivité vont de pair.

De plus, notre petit monde de bricoleurs/hackers/DIY se frotte à celui des geeks/consommateurs de modes.

Je vais prendre un autre exemple qui nous frappe de plein fouet. Les ventes de tablettes tactiles ont explosé ces dernières années : produit nouveau certes, tout le monde se doit d’en avoir une, un peu comme la dernière paire de chaussures à la mode. Résultat des courses, les tablettes sont l’outil parfait pour la consommation de contenu, pas de création. La tablette dont tout le monde est affublé est l’incarnation de la passivité et de la perte de temps. Que penser quand on voit des des enfants de 4 ans avec des tablettes dans les mains, quand ça n’est pas le Samsung Galaxy S5 d’un parent, pour jouer sur le canapé ?

La tablette, c’est la fin de l’intelligence.

Un ordinateur, un vrai, avec un clavier et une souris, c’est une machine à écrire d’enfer, c’est un outil de peinture et de création musicale ou vidéo. J’ai expliqué récemment à mon entourage que je préfère un gamin sur un PC portable que sur une tablette. De très loin.

Le pire danger n’est pas la société de surveillance mais la société des loisirs, celle-là nous tue plus sûrement en nous rendant amorphe. En espérant ne pas avoir à lutter contre les 2 scénarios en même temps…

- Damien