J’achète un ZTE Open C sous Firefox OS et ce n’est pas à cause des libristes

Si vous me suivez sur Diaspora* vous savez que j’ai acheté sur Ebay un ZTE OPEN C Latest Firefox OS Dual Core 3G Unlocked Smartphone, ce n’est pas grâce à la presse informatique généraliste, ce n’est pas grâce à la blogosphère libriste, c’est uniquement parce qu’à 53 €, une crise de la quarantaine informatique fulgurante, une curiosité intellectuelle qui n’est pas encore morte et tout de même quelques convictions libristes, que j’achète ce produit. Comme vous le savez, je suis un vrai généreux et vous saurez derrière si ce téléphone est tout pourri, avec les 2M pixels et les 512 de RAM y a des chances, mais surtout savoir si c’est jouable, ce que j’aurai voulu voir à travers toute la blogosphère, mais la faute à pas de chance, ça n’arrive pas. Ce libre si généreux d’habitude lorsqu’il s’agit de pourrir le monde propriétaire, pour nous vanter les mérites de Snowden ou hurler contre la NSA, nous fait des cachotteries alors que le produit va sortir pour la grande distribution, que même les libristes se tâtent pour acheter car il n’y a quasiment aucun retour. Imaginez tout de même, le premier téléphone libre sort en France et on ne trouve aucun article de référence, il n’y pas de matraquage pour rappeler l’importance de la liberté avec un Google omniprésent qui vous traque.

Ah ce n’est pas totalement juste, l’étudiant Marien Fressinaud a tout de même fait son effort dans un premier retour, on a toujours sur diaspora* quelques bribes, quelques informations mais pas de véritable retour, notamment sur des éléments qui sont simples, on sait que le téléphone est livré sous la version 1.3, mais sera-t-il compatible avec la version 2.0 ? D’autres questions encore quant à l’utilisation quotidienne, etc …

Nous sommes ici en présence d’une occasion complètement manquée, il aurait été nécessaire de voir se multiplier les articles sur Firefox OS, des articles objectifs pour que les consommateurs puissent faire ce choix en le faisant de façon avertie, éclairée. Désolant qu’on trouve plus d’articles dans la presse généraliste, des articles qui annoncent mais qui ne traitent pas, des articles photocopies qui n’ont pas de sens.

Fla podadmin de diaposra-fr.org nous répète assez souvent que c’est bien gentil d’avoir des membres mais qu’il est important de ramener des développeurs, il a raison, pas d’utilisateurs sans codeurs néanmoins je reste persuadé que pour qu’un projet vive, il faut qu’il soit connu. Dans la masse des utilisateurs on peut espérer que des développeurs viendront ou des gens qui contribueront d’une autre façon, monétaire peut être, des traductions. Je suis intimement convaincu que dans le libre il y a une chaîne, cette chaîne qui va du type qui code, en passant par les packageurs, les traducteurs, les simples utilisateurs et enfin les charismatique blogueurs qui sont ici pour battre le tambour et le rappel comme je le fais aujourd’hui. Dans le cas du ZTE Open C ce qui sera plus important au delà de son utilisation première c’est le nombre d’exemplaires vendus, si les chiffres de vente sont bons, cela interpellera, et chez les fabricants et chez les éditeurs, plus nombreux seront les cibles potentielles, plus on aura envie de développer pour eux.

Pour en revenir à l’effet blogueur, je vous livre un peu « de moi » je mais ce n’est pas grave c’est la marque de la maison. Le blogueur c’est une figure connue, c’est le commercial, c’est celui qui donne envie ou non. Vous êtes nombreux à pouvoir vous identifier à moi, ou disons avoir une idée, le père de famille, les enfants, les responsabilités et le reste, mes lectures, mes films, mes jeux, mes constructions, je suis pour vous une figure connue que vous appréciez ou au contraire que vous détestez, ce qui compte ici c’est que savez à quoi vous attendre. Si je suis présent sur le réseau diaspora aujourd’hui c’est parce que j’ai vu que dada y était. C’est un garçon que j’aime bien et que je suis depuis des années comme c’est souvent le cas pour les vieux blogueurs, parce qu’il est ce qu’il est, je suis venu. De la même façon nous retrouvons aujourd’hui Christophe, Philippe Scoffoni qui apporte sa caution professionnelle et bien d’autres encore pour la simple et bonne raison que j’y étais et que j’ai matraqué. Alors que le réseau jouissait d’une image catastrophique suite à l’affaire des 200.000 € il est en train de revivre, les blogueurs y sont pour beaucoup.

Prétention ? Même pas. Au milieu des faux avis, des blogueurs vendus, des sponsorisés, les gens sont à la recherche de franchise, de sincérité et de repères. Les utilisateurs de logiciels libres, ces masochistes qui ont fait le choix de la différence font partie de ces gens et nous nous devons de communiquer. La qualité du code, les logiciels, ne font pas tout, il faut impérativement communiquer autour des produits, des projets, ce n’est pas assez le cas pour le téléphone sous FirefoxOS mais rassurez vous, je compte m’y atteler un minimum. $_12Edit : du fait d’avoir crié au scandale, Fla s’est fendu d’un article, ainsi que dada. Pas de secret, il faut taper des pieds pour avoir ce qu’on veut.

 

le parti Pirate expliqué à Cyrille

« Faudra un jour expliquer le Parti Pirate avec des mots simples » m’avait dit Cyrille.

Je m’étais donc lancé dans un premier billet qui, après retours critiques (je préfère ca à feedback) n’atteignait pas son but, il n’était pas bon. C’est l’un des avantages d’écrire dans un collectif, chose nouvelle pour moi alors que j’ai écrit en solo ces deux dernières années. J’y reviendrai dans un prochain billet d’ailleurs.

Bon, le parti Pirate, c’est quoi ?

C’est un parti politique issu du monde numérique, crée par Rick Falkving en 2006 après s’être fait traiter de pirate par l’industrie culturelle et les politiques de son pays parce qu’il téléchargeait des œuvres illégalement. Ça part d’une blague et ça monte en puissance avec des idées qui vont largement au-delà d’internet. Le Parti Pirate, ça n’est pas que le parti des internets. Démonstration.

Une partie numérique assumée soit 40% du programme

Le programme qui touche internet est effectivement la partie la plus connue par le grand public avec des idées comme la légalisation du partage de la culture hors but lucratif et la demande de suppression des DRM des œuvres achetées. Oui, nous apparaissons comme les promoteurs du téléchargement illégal mais c’est omettre la suite : il y a également la proposition d’utiliser de nouveaux moyens pour rémunérer les artistes et les créatifs par le crowdfunding (financement participatif), du mécénat global, de l’emploi du système Flattr et de la création d’une plateforme grand public de rétribution directe des artistes. Sur cette plateforme, les citoyens pourraient allouer le montant qu’ils souhaitent pour les œuvres musicales et cinématographiques directement, sans intermédiaire commercial.

Nous voyons le téléchargement comme un outil promotionnel qui pousse également les internautes a acheter de nouvelles œuvres [1] [2].

L’autre partie du programme numérique est la promotion des formats ouverts (.odt plutôt que .doc pour faire court), la promotion des logiciels libres (merci Munich et la Gendarmerie pour les exemples) et la lutte contre les logiciels privateurs qui contrôlent l’utilisateur et non l’inverse.

Des banalités pour certains d’entre nous ici mais un nouveau monde pour le grand public. Prenons l’exemple de Munich ou de la Gendarmerie Française et multiplions cela a l’échelle d’un pays ou de l’Europe : quelles seraient les économies générées par les États et donc les citoyens ? Quelles seraient les facilités d’usage alloués aux utilisateurs et a l’État acheteur ? Regardons cette vidéo de Philipe Scoffoni pour s’en convaincre. Sans parler de la liberté gagnée face a certaines entreprises américaines comme Microsoft ou Apple.

On peut finaliser le programme numérique avec la protection de la correspondance numérique des internautes ainsi que le respect de leur vie privée sur le net. Nous défendons la neutralité du net et l’accès à toutes les données publiques et commerciales qui permettent d’informer le citoyen. Ce dernier point est le fameux « open data » dont on nous rebat les oreilles mais pourtant tellement efficace, que cela concerne le trafic routier jusqu’à la composition d’un aliment proposé par une entreprise agroalimentaire qui atterrit dans notre assiette.

Il reste donc 60% du programme hors numérique !

Comme je l’expliquais plus haut, le Parti Pirate a un programme chargé. Surtout en ce qui concerne le renouvellement de la démocratie.

C’est ce qui m’a rapidement accroché en fait, écœuré que je suis par les 30 dernières années d’alternance droite / gauche où les politiques économiques identiques se sont révélées inefficaces (austérité financière improductive, recherche perpétuelle de la croissance, une croissance mais pourquoi faire ? consommer pour consommer ?), où les conflits d’intérêts sont permanents, l’intérêt général mis de coté et les inégalités encore creusées.

Transparence de la vie politique

Nous réclamons la transparence dans les décisions de l’État et de ses représentants et nous affirmons le désir de lutter activement contre les conflits d’intérêts. Pour faire ça correctement, il faut la publication du patrimoine des candidats aux élections. Une fois élu, un député, un sénateur ou un ministre doit afficher publiquement ses ressources, ses dépenses et ses notes de frais de fonction. Publiquement et quotidiennement. Cela permettra d’éviter qu’un député, ancien cadre dans le nucléaire, dont le portefeuille d’actions est garni de produits liés au nucléaire, ne se retrouve à débattre dans une commission sur… la sortie ou non du nucléaire.

Nous sommes contre le cumul des mandats en même temps et dans le temps (2 mandats dans une vie et retour à la vie civile classique). Le pouvoir et l’argent dans la durée peuvent inciter à prendre de mauvaises décision : passe-droit, corruption, abus de biens sociaux, confondre ses portefeuilles… bref.

Et on peut se demander comment des ministres peuvent encore utiliser ce qu’on appelle une réserve ministérielle pour financer je-ne-sais-qui sur je-ne-sais-quel-critère. Vous avez dit démocratie et transparence ? Pas encore…

De plus, 75% des députés cumulent un autre mandat et l’âge moyen est de 54 ans : toutes ces réformes simples permettraient de renouveler sensiblement la sociologie de notre assemblée nationale et amélioreraient la représentativité des citoyens. Quand j’entends des politiques se vanter de leurs 30 ans de vie politique, j’ai envie de casser des trucs. J’ai par moments l’impression que ces gens-là ne comprennent plus grand chose à la société civile actuelle.

Justice

Une autre idée serait d’établir -enfin- l’indépendance de la justice en supprimant les liens entre l’exécutif et le judiciaire : le corps judiciaire n’a pas à être dirigé par un membre de l’exécutif. Cela se traduirait par la suppression du Garde des Sceaux et la création d’un Conseil Supérieur de la Justice indépendant de tout membre des pouvoirs exécutif et législatif. Ce Conseil pourrait s’occuper des affectations des nouveaux juges et des mutations des juges actuels.

Chaque camp politique s’en prend à la Justice dès qu’une affaire politico-financière émerge. Là, l’indépendance renforcerait les pouvoirs de la Justice et son impartialité. J’imagine que ce genre de réforme fait frissonner certains politiques. Tant mieux.

Il conviendrait également de donner un vrai budget a la Justice avant de se plaindre de sa lenteur.

Libertés individuelles et collectives

Le Parti Pirate défend la nécessité de protéger les citoyens du fichage abusif ou de renoncer au fichage des gens honnêtes. Un fait divers, une loi avec son fichier de fichage, ça devient n’importe quoi.

De plus, nous demandons l’intervention obligatoire d’un juge avant toute atteinte à la vie privée ou de censure arbitraire par un intermédiaire. Nous voulons également empêcher la collecte d’ADN injustifié a tort et à travers.

Nous voulons aussi limiter le recours à la vidéo surveillance, qui ne fait que repousser géographiquement la criminalité et ne résout rien.

Les tentatives successives de nos gouvernants pour réduire la liberté des citoyens sont trop fréquentes et se banalisent dans notre pays [1] [2] [3].

 

Conclusion

J’ai zappé volontairement certaines idées fortes comme la transparence de la création et la réforme du droit d’auteur ou la lutte contre les brevets et les monopoles.

J’ai tenté de démontrer que le Parti Pirate propose ce que j’appelle un reformatage de la politique et de la justice. Un sacré gros reboot : sans système sain, sans liberté, il sera impossible d’avancer sur des sujets majeurs et problématiques. Si je veux faire un parallèle que nous connaissons bien « Comment bien travailler sur un ordinateur si l’OS est buggué ? ».

Je pense que l’État doit être neutre face à tous les acteurs de la société, face aux citoyens, pas donneur de leçons, ni paternaliste. C’est à l’État d’être à l’initiative des débats, de les organiser,  en aidant les citoyens à choisir la société qu’ils veulent via des consultations directes, des référendums ou via des outils de décisions comme la démocratie liquide que nous utilisons en interne pour faire avancer le programme (on peut parler de Loomio également).

Pas en faisant tomber un modèle socio-économique décidé par une caste dirigeante de politiques, de banquiers et d’industriels, en négociant des traités en douce comme le projet TAFTA ou le projet TISA qui mettra fin aux services publics ou en voulant censurer internet comme la prochaine loi censée lutter contre le terrorisme. Demandons aux citoyens ce qu’ils veulent, tout simplement.

Moi, ma crise de la quarantaine, 39 ans en juin dernier, je la veux politique. Je veux changer les choses pour un truc que j’estime meilleur.

 Voilà Cyrille ce qu’est le Parti Pirate. J’espère t’avoir (un peu) éclairé.

 

- Damien

Acheteurs ou béta testeurs ?

Comme vous le savez un premier téléphone Firefox OS va débarquer, annoncé pour un prix de 70 € c’est plutôt 80 € puisqu’il y a une histoire de 10 € de remboursement qui gonflera certainement pas mal d’acheteurs avec des papiers à renvoyer. D’ailleurs, ce n’est même plus réellement une question d’argent mais d’acte militant, comme le dit Pierre Lecourt, si on achète un Firefox OS c’est pour autre chose. Revenons tout de même un peu sur l’argent et regardons ce qu’on a à 80 €. A 80 € on ça : ARCHOS 45 TITANIUM. D’un point de vue performances, pas d’ambiguïté, l’Archos est meilleur ne serait ce que pour le capteur photo où il faudra vous contenter de 2 pauvres millions de mégapixels. Que dire de la partie logicielle, les quelques tests que j‘avais réalisés dans l’émulateur étaient dramatiques, on peut lire ici ou là la pauvreté du market, la difficulté d’ajouter un mail etc …

Dans Minimachines voici le commentaire qu’on peut lire : Il est aussi disponible sans abonnement a 73 euros chez amazon. Alors les libristes, êtes vous prêts à mettre la main à la poche pour défendre vos idées, votre idéal informatique ? C’est presque pas de la provoc, que faites vous quand il faut plus que des mots ? Moi je viens d’en commander un, je sais à quoi m’attendre, mais je fais comme je l’ai dit ailleurs dans le site. Donc dans quelques jours. 

Le commentaire est très intéressant à plusieurs niveaux mais il est révélateur d’un constat qui ne devrait pas exister, être libre c’est nécessairement utiliser quelque chose de tout pourri, et c’est bien normal car le libriste est au delà de la consommation, l’incarnation du pigeon idéologique. Comme le précise l’auteur, il sait à quoi s’attendre, et je crois que toute personne qui achètera en connaissance de cause ce téléphone sait parfaitement à quoi s’attendre, une expérience utilisateur dramatique mais libre. Alors qu’on sait pertinemment que l’OS est à moitié fini, on vous demande tout de même de débourser la somme de 80 € pour marquer ses convictions. Avec ce type de raisonnement qui consiste à payer plus cher pour avoir moins bien, on légitime le fait que le libriste doive obligatoirement avoir de la merde pour ses outils numériques.

Il ne s’agit pas d’une provocation mais d’un fait, on lance sur le marché un produit non fini, de basse qualité, comment la fondation Mozilla compte-t-elle faire l’unanimité avec ce téléphone qui ne doit pas arriver à la cheville d’un android 1.6. Le téléphone c’est pour moi un véritable outil de travail qui se doit d’être parfaitement fonctionnel. Que ce soit le GPS, le pointage des mails, la possibilité de faire du tethering, faut que ça marche. La situation dans laquelle je me trouve actuellement, c’est à dire sans adresse gmail et par le fait coupé du monde android me met dans une position où je serais particulièrement intéressé par une solution alternative. Android sans market c’est s’orienter vers des market alternatifs où il faut s’inscrire à nouveau, un cercle vicieux en quelques sortes. L’alternative pour l’instant ne viendra pas de Firefox OS, d’un point de vue hardware pour le téléphone c’est une régression technologique par rapport à mon Mpop déjà un téléphone bas de gamme, être libre ne signifie pas pour moi en tout cas avoir un matériel de mauvaise qualité, un système d’exploitation avec lequel on ne fait rien ou pas grand chose.

L’analyse de Pierre dans Minimachines est certainement la bonne, il faudrait qu’à l’instar de Linux qui sait s’installer sur les PC et leur donner une seconde vie, que Mozilla élabore des stratégies pour installer FirefoxOS sur de vieux téléphones.

Edit du 23 juillet : comme les billets sont écrits en décalage, il est bien sûr évident que j’ai acheté un Open C. Hé hé, crise de la quarantaine powaaaa !!!!