le parti Pirate expliqué à Cyrille

« Faudra un jour expliquer le Parti Pirate avec des mots simples » m’avait dit Cyrille.

Je m’étais donc lancé dans un premier billet qui, après retours critiques (je préfère ca à feedback) n’atteignait pas son but, il n’était pas bon. C’est l’un des avantages d’écrire dans un collectif, chose nouvelle pour moi alors que j’ai écrit en solo ces deux dernières années. J’y reviendrai dans un prochain billet d’ailleurs.

Bon, le parti Pirate, c’est quoi ?

C’est un parti politique issu du monde numérique, crée par Rick Falkving en 2006 après s’être fait traiter de pirate par l’industrie culturelle et les politiques de son pays parce qu’il téléchargeait des œuvres illégalement. Ça part d’une blague et ça monte en puissance avec des idées qui vont largement au-delà d’internet. Le Parti Pirate, ça n’est pas que le parti des internets. Démonstration.

Une partie numérique assumée soit 40% du programme

Le programme qui touche internet est effectivement la partie la plus connue par le grand public avec des idées comme la légalisation du partage de la culture hors but lucratif et la demande de suppression des DRM des œuvres achetées. Oui, nous apparaissons comme les promoteurs du téléchargement illégal mais c’est omettre la suite : il y a également la proposition d’utiliser de nouveaux moyens pour rémunérer les artistes et les créatifs par le crowdfunding (financement participatif), du mécénat global, de l’emploi du système Flattr et de la création d’une plateforme grand public de rétribution directe des artistes. Sur cette plateforme, les citoyens pourraient allouer le montant qu’ils souhaitent pour les œuvres musicales et cinématographiques directement, sans intermédiaire commercial.

Nous voyons le téléchargement comme un outil promotionnel qui pousse également les internautes a acheter de nouvelles œuvres [1] [2].

L’autre partie du programme numérique est la promotion des formats ouverts (.odt plutôt que .doc pour faire court), la promotion des logiciels libres (merci Munich et la Gendarmerie pour les exemples) et la lutte contre les logiciels privateurs qui contrôlent l’utilisateur et non l’inverse.

Des banalités pour certains d’entre nous ici mais un nouveau monde pour le grand public. Prenons l’exemple de Munich ou de la Gendarmerie Française et multiplions cela a l’échelle d’un pays ou de l’Europe : quelles seraient les économies générées par les États et donc les citoyens ? Quelles seraient les facilités d’usage alloués aux utilisateurs et a l’État acheteur ? Regardons cette vidéo de Philipe Scoffoni pour s’en convaincre. Sans parler de la liberté gagnée face a certaines entreprises américaines comme Microsoft ou Apple.

On peut finaliser le programme numérique avec la protection de la correspondance numérique des internautes ainsi que le respect de leur vie privée sur le net. Nous défendons la neutralité du net et l’accès à toutes les données publiques et commerciales qui permettent d’informer le citoyen. Ce dernier point est le fameux « open data » dont on nous rebat les oreilles mais pourtant tellement efficace, que cela concerne le trafic routier jusqu’à la composition d’un aliment proposé par une entreprise agroalimentaire qui atterrit dans notre assiette.

Il reste donc 60% du programme hors numérique !

Comme je l’expliquais plus haut, le Parti Pirate a un programme chargé. Surtout en ce qui concerne le renouvellement de la démocratie.

C’est ce qui m’a rapidement accroché en fait, écœuré que je suis par les 30 dernières années d’alternance droite / gauche où les politiques économiques identiques se sont révélées inefficaces (austérité financière improductive, recherche perpétuelle de la croissance, une croissance mais pourquoi faire ? consommer pour consommer ?), où les conflits d’intérêts sont permanents, l’intérêt général mis de coté et les inégalités encore creusées.

Transparence de la vie politique

Nous réclamons la transparence dans les décisions de l’État et de ses représentants et nous affirmons le désir de lutter activement contre les conflits d’intérêts. Pour faire ça correctement, il faut la publication du patrimoine des candidats aux élections. Une fois élu, un député, un sénateur ou un ministre doit afficher publiquement ses ressources, ses dépenses et ses notes de frais de fonction. Publiquement et quotidiennement. Cela permettra d’éviter qu’un député, ancien cadre dans le nucléaire, dont le portefeuille d’actions est garni de produits liés au nucléaire, ne se retrouve à débattre dans une commission sur… la sortie ou non du nucléaire.

Nous sommes contre le cumul des mandats en même temps et dans le temps (2 mandats dans une vie et retour à la vie civile classique). Le pouvoir et l’argent dans la durée peuvent inciter à prendre de mauvaises décision : passe-droit, corruption, abus de biens sociaux, confondre ses portefeuilles… bref.

Et on peut se demander comment des ministres peuvent encore utiliser ce qu’on appelle une réserve ministérielle pour financer je-ne-sais-qui sur je-ne-sais-quel-critère. Vous avez dit démocratie et transparence ? Pas encore…

De plus, 75% des députés cumulent un autre mandat et l’âge moyen est de 54 ans : toutes ces réformes simples permettraient de renouveler sensiblement la sociologie de notre assemblée nationale et amélioreraient la représentativité des citoyens. Quand j’entends des politiques se vanter de leurs 30 ans de vie politique, j’ai envie de casser des trucs. J’ai par moments l’impression que ces gens-là ne comprennent plus grand chose à la société civile actuelle.

Justice

Une autre idée serait d’établir -enfin- l’indépendance de la justice en supprimant les liens entre l’exécutif et le judiciaire : le corps judiciaire n’a pas à être dirigé par un membre de l’exécutif. Cela se traduirait par la suppression du Garde des Sceaux et la création d’un Conseil Supérieur de la Justice indépendant de tout membre des pouvoirs exécutif et législatif. Ce Conseil pourrait s’occuper des affectations des nouveaux juges et des mutations des juges actuels.

Chaque camp politique s’en prend à la Justice dès qu’une affaire politico-financière émerge. Là, l’indépendance renforcerait les pouvoirs de la Justice et son impartialité. J’imagine que ce genre de réforme fait frissonner certains politiques. Tant mieux.

Il conviendrait également de donner un vrai budget a la Justice avant de se plaindre de sa lenteur.

Libertés individuelles et collectives

Le Parti Pirate défend la nécessité de protéger les citoyens du fichage abusif ou de renoncer au fichage des gens honnêtes. Un fait divers, une loi avec son fichier de fichage, ça devient n’importe quoi.

De plus, nous demandons l’intervention obligatoire d’un juge avant toute atteinte à la vie privée ou de censure arbitraire par un intermédiaire. Nous voulons également empêcher la collecte d’ADN injustifié a tort et à travers.

Nous voulons aussi limiter le recours à la vidéo surveillance, qui ne fait que repousser géographiquement la criminalité et ne résout rien.

Les tentatives successives de nos gouvernants pour réduire la liberté des citoyens sont trop fréquentes et se banalisent dans notre pays [1] [2] [3].

 

Conclusion

J’ai zappé volontairement certaines idées fortes comme la transparence de la création et la réforme du droit d’auteur ou la lutte contre les brevets et les monopoles.

J’ai tenté de démontrer que le Parti Pirate propose ce que j’appelle un reformatage de la politique et de la justice. Un sacré gros reboot : sans système sain, sans liberté, il sera impossible d’avancer sur des sujets majeurs et problématiques. Si je veux faire un parallèle que nous connaissons bien « Comment bien travailler sur un ordinateur si l’OS est buggué ? ».

Je pense que l’État doit être neutre face à tous les acteurs de la société, face aux citoyens, pas donneur de leçons, ni paternaliste. C’est à l’État d’être à l’initiative des débats, de les organiser,  en aidant les citoyens à choisir la société qu’ils veulent via des consultations directes, des référendums ou via des outils de décisions comme la démocratie liquide que nous utilisons en interne pour faire avancer le programme (on peut parler de Loomio également).

Pas en faisant tomber un modèle socio-économique décidé par une caste dirigeante de politiques, de banquiers et d’industriels, en négociant des traités en douce comme le projet TAFTA ou le projet TISA qui mettra fin aux services publics ou en voulant censurer internet comme la prochaine loi censée lutter contre le terrorisme. Demandons aux citoyens ce qu’ils veulent, tout simplement.

Moi, ma crise de la quarantaine, 39 ans en juin dernier, je la veux politique. Je veux changer les choses pour un truc que j’estime meilleur.

 Voilà Cyrille ce qu’est le Parti Pirate. J’espère t’avoir (un peu) éclairé.

 

- Damien

Acheteurs ou béta testeurs ?

Comme vous le savez un premier téléphone Firefox OS va débarquer, annoncé pour un prix de 70 € c’est plutôt 80 € puisqu’il y a une histoire de 10 € de remboursement qui gonflera certainement pas mal d’acheteurs avec des papiers à renvoyer. D’ailleurs, ce n’est même plus réellement une question d’argent mais d’acte militant, comme le dit Pierre Lecourt, si on achète un Firefox OS c’est pour autre chose. Revenons tout de même un peu sur l’argent et regardons ce qu’on a à 80 €. A 80 € on ça : ARCHOS 45 TITANIUM. D’un point de vue performances, pas d’ambiguïté, l’Archos est meilleur ne serait ce que pour le capteur photo où il faudra vous contenter de 2 pauvres millions de mégapixels. Que dire de la partie logicielle, les quelques tests que j‘avais réalisés dans l’émulateur étaient dramatiques, on peut lire ici ou là la pauvreté du market, la difficulté d’ajouter un mail etc …

Dans Minimachines voici le commentaire qu’on peut lire : Il est aussi disponible sans abonnement a 73 euros chez amazon. Alors les libristes, êtes vous prêts à mettre la main à la poche pour défendre vos idées, votre idéal informatique ? C’est presque pas de la provoc, que faites vous quand il faut plus que des mots ? Moi je viens d’en commander un, je sais à quoi m’attendre, mais je fais comme je l’ai dit ailleurs dans le site. Donc dans quelques jours. 

Le commentaire est très intéressant à plusieurs niveaux mais il est révélateur d’un constat qui ne devrait pas exister, être libre c’est nécessairement utiliser quelque chose de tout pourri, et c’est bien normal car le libriste est au delà de la consommation, l’incarnation du pigeon idéologique. Comme le précise l’auteur, il sait à quoi s’attendre, et je crois que toute personne qui achètera en connaissance de cause ce téléphone sait parfaitement à quoi s’attendre, une expérience utilisateur dramatique mais libre. Alors qu’on sait pertinemment que l’OS est à moitié fini, on vous demande tout de même de débourser la somme de 80 € pour marquer ses convictions. Avec ce type de raisonnement qui consiste à payer plus cher pour avoir moins bien, on légitime le fait que le libriste doive obligatoirement avoir de la merde pour ses outils numériques.

Il ne s’agit pas d’une provocation mais d’un fait, on lance sur le marché un produit non fini, de basse qualité, comment la fondation Mozilla compte-t-elle faire l’unanimité avec ce téléphone qui ne doit pas arriver à la cheville d’un android 1.6. Le téléphone c’est pour moi un véritable outil de travail qui se doit d’être parfaitement fonctionnel. Que ce soit le GPS, le pointage des mails, la possibilité de faire du tethering, faut que ça marche. La situation dans laquelle je me trouve actuellement, c’est à dire sans adresse gmail et par le fait coupé du monde android me met dans une position où je serais particulièrement intéressé par une solution alternative. Android sans market c’est s’orienter vers des market alternatifs où il faut s’inscrire à nouveau, un cercle vicieux en quelques sortes. L’alternative pour l’instant ne viendra pas de Firefox OS, d’un point de vue hardware pour le téléphone c’est une régression technologique par rapport à mon Mpop déjà un téléphone bas de gamme, être libre ne signifie pas pour moi en tout cas avoir un matériel de mauvaise qualité, un système d’exploitation avec lequel on ne fait rien ou pas grand chose.

L’analyse de Pierre dans Minimachines est certainement la bonne, il faudrait qu’à l’instar de Linux qui sait s’installer sur les PC et leur donner une seconde vie, que Mozilla élabore des stratégies pour installer FirefoxOS sur de vieux téléphones.

Edit du 23 juillet : comme les billets sont écrits en décalage, il est bien sûr évident que j’ai acheté un Open C. Hé hé, crise de la quarantaine powaaaa !!!!

Billet invité : A propos du cryptage (et sa solution archaïque).

Par Toto740

Le courrier transporté par La Poste reste confidentiel, tandis q’ un simple mail est comme une carte postale que tout le monde peut lire. La faute à la transmission électronique qui peut être interceptée si facilement.

 

Comme le rappelle l’article (http://thehackernews.com/2014/07/germany-to-consider-typewriters-to.html)

le téléphone de la chancelière a été accessible à la NSA et un agent des services secrets allemands a renseigné la CIA à propos de l’enquête parlementaire en cours.

 

Outre le fait qu’il faudrait remercier publiquement Edward Snowden pour avoir permis de réaliser un changement dans les mentalités en ce qui concerne la protection des données, par ses révélations, dénonçant la volonté de surveillance très pointue des U.S.A sur l’ ensemble de la planète ; c’est la question de la protection de nos échanges et de nos données par voie électronique qui se pose. Le problème de l’agent double ne nous sera certainement jamais posé, à nous simples citoyens, mais il démontre le désir pugnace des U.S.A à être informé à tout prix.

 

Par un lointain et ancien métier, je sais qu’en cryptographie, « ce qu’un homme a fait un autre peut le défaire », ou plus simplement quelle que soit le système employé pour crypter, sa valeur de protection n’est mesurable qu’en temps pour le casser.

Exemple: si les contenus n’ont de valeur que quelques heures et que le temps pour les décrypter est de plusieurs jours, alors quand ils seront révélés ils n’auront plus aucun intérêt pour quiconque.

 

Par contre si vous désirez garder protégées des données pour une longue durée, vous ne saurez pas à quel moment leur protection cryptographique aura sauté, l’impression d’ être bien protégé sera trompeuse car rien ne vous permettra d’en être averti. Ce faux sentiment de protection ne vous incitera pas à la méfiance.

 

La fin de l’article « Chaque individu, même les autorités gouvernementales devraient être encouragés à faire usage de meilleurs outils de confidentialité et de communication cryptée qui serait de les protéger contre le risque d’espionnage » prouve que le principe de la cryptographie – « ce qu’un homme a fait un autre peut le défaire » – n’est pas communément compris et qu’il est facile de tomber dans l’erreur de croire qu’on est protégé pour toujours, en employant simplement un moyen de cryptage que l’on pense très efficace.

 

La preuve en est dans l’article lui-même qui révèle que l’ Allemagne et la Russie envisagent de revenir à la machine à écrire et d’éviter absolument l’emploi d’un ordinateur quand il s’ agira de contenus jugés secrets et donc à placer à l’ abris de l’ espionnage électronique !

Ceux qui livrent cette triste conclusion ne sont rien d’autre que les services secrets de ces deux pays eux-mêmes, donc bien placés dans le domaine du renseignement …

 

Sachons donc tous que l’usage d’un terminal informatique donne accès à ce qu’il contient, à toute personne ou organisation désirant s’en emparer et qu’aucune barrière n’existe pour les en empêcher !

 

Quand il vous sera proposé un moyen de protection dit puissant, demandez vous toujours pour combien de temps ?,

car en réalité, croire qu’il vous protège vous met en danger, ayant l’effet exactement contraire qu’on devrait en attendre !

 

 

Crypto_Remington