J’ai scanné sous Linux

Cela peut vous paraître aberrant mais mon dernier souvenir de tentative de scan sous Linux me ramène à l’époque où j’avais une vieille Canon trois en un, je pense que c’était il y a environ dix ans dans le Cantal. A l’époque j’ai souvenir d’un vieux logiciel tout dégueu qui devait être Xsane et je me souviens d’un échec particulièrement cuisant. Depuis je n’ai jamais eu besoin, je scanne de façon très ponctuelle des documents et je le fais de façon systématique depuis l’ordinateur de mon épouse. Hier profitant comme je l’indiquais de mon premier moment de solitude depuis deux mois, j’en ai profité pour scanner un manuel de physique, je l’ai fait directement depuis mon PC sous Xubuntu à partir de l’application simple scan. Simple Scan comme son nom l’indique vraiment bien, c’est particulièrement simple, la reconnaissance du scanner est immédiate. Contrairement aux autres logiciels que j’ai pu croiser sous Windows, Simple Scan fait toutes les images à la chaîne et enregistre en lot ce qui n’est pas inintéressant. Les opérations qu’on peut réaliser avec le logiciel sont rudimentaires, rotation, crop et c’est tout, en faire plus ne servirait à rien d’ailleurs, si on veut aller plus loin on utilise un logiciel de traitement d’images.

Ce qui est assez intéressant ici et il faut le noter, c’est que quel que soit votre scanner, vous aurez toujours la même interface de scan ce qui n’est pas le cas dans Windows où de façon systématique vous installez un lourd pilote avec une interface qui dépend uniquement de votre marque de scanner. On arrive donc à une uniformité quelle que soit le matériel employé, et c’est plutôt positif car le matériel peut évoluer, le logiciel quant à lui restera.

Il s’agit pour moi d’une agréable surprise, preuve que les choses évoluent sous Linux plutôt dans le bon sens.

Screenshot - 28082014 - 19:04:15

Diaspora*, logiciel libre ou réseau social libre ?

L’affaire récente de la propagande de l’État Islamique sur le réseau social Diaspora* a été un formidable révélateur de son immaturité et, peut-être même, celui de l’inadéquation de l’architecture du réseau aux objectifs affichés/affirmés par ses développeurs depuis le début du projet. — Plus encore, ce sont même les valeurs du Libre qu’une telle affaire interroge.

À la question, Diaspora* : logiciel libre ou réseau social libre ? On devrait, à mon avis, aujourd’hui, après les déboires qu’a connus le développement de Diaspora*, pouvoir répondre sans sourciller : les deux. Pourtant, cette identification, qui ne devrait très certainement pas être une alternative (ceci ou cela), ne semble pas faire l’unanimité au sein même de la communauté Diaspora*. Si tant est que l’on puisse même s’entendre sur le sens du mot communauté quand on parle des utilisateurs de Diaspora*. La notion même d’utilisateur étant elle aussi, sur Diaspora*, un curieux avatar sémantique. Tout comme semble l’être, quand on s’y penche d’un peu plus près, un bon nombre de notions (assez ordinaires dans le monde Libre). À la louche : conversation privée, conversation publique, confidentialité, liberté d’expression, légalité… autant de notions qui, sur Diaspora*, deviennent l’objet de tergiversations infinies, enveloppant les discussions du voile d’une confusion des plus épaisses. Une confusion que l’on se plaît, manifestement, à entretenir, en se retranchant derrière des considérations techniques voire de pseudo-réserves philosophiques : « En France, la liberté d’expression est limitée, donc cette liberté n’existe pas réellement. » Au-delà du sens des mots, sur lequel il paraît bien difficile de s’entendre, ces finasseries sémantiques jettent le trouble sur le positionnement et les valeurs défendus par le projet Diaspora* : « Et non, Diaspora* n’a pas été conçu comme un logiciel égalitaire. Diaspora* n’est pas l’URSS des réseau sociaux. Dispora* a été conçu pour concurrencer Facebook, point. » Dixit Augier, développeur. Un propos qui n’est en rien isolé.

Il faut bien intégrer cette idée : d* est un logiciel pas un service.

— Dixit, Augier, développeur.

Ainsi, Diaspora*, pour certains, n’est pas un service de réseautage ; Diaspora*, c’est d’abord et avant tout un logiciel, certes encore balbutiant, comme le dit Fla, l’un des administrateurs de diaspora-fr.org, mais un logiciel tout de même. Ce qui est mis en évidence, ici, ce qu’on veut surtout faire entendre, ce n’est pas seulement l’aspect technologique, c’est sa perfectibilité. Si Diaspora* est quelque chose, c’est d’abord, pour ceux-là, l’aventure d’un développement logiciel, un processus d’amélioration en cours, un perfectionnement que le simple utilisateur, je veux dire le non codeur, est appelé à rejoindre ou plutôt à expérimenter, c’est-à-dire à installer. Mais dans quel sens ce développement va-t-il ? — Le « bon sens » ! Voyons… Comment pourrait-on en douter ? L’on comprend mieux pourquoi, selon certains initiateurs (et continuateurs) du projet, ce qui est en jeu dans Diaspora* ce n’est pas son état actuel mais bien plutôt l’avenir du logiciel : « Diaspora* means a brighter future for all of us ». Un avenir meilleur pour tous ? — Certainement pas pour celui qui ne l’installe pas. Lequel semble être un paramètre ou une variable parfaitement négligeable.

On peut dès lors se donner quel intérêt il y aurait à inciter le lambda à rejoindre un tel réseau social, comme a pu le faire Cyrille avec autant d’insistance, quand on n’est ni développeur ni administrateur "réseau". Rejoindre une communauté ? Mais de quelle sorte est-elle cette communauté Diaspora* ? Y en a-t-il seulement une ? Je ne crois pas qu’on puisse réellement parler de communauté à propos de Diaspora*. Posons-nous la question : Qu’a-t-il de commun entre tous les inscrits, tous pods confondus ? Vues ? Intérêts ? Biens ? Y a-t-il même encore un sens à parler de communauté quand les intérêts des uns et des autres sont aussi divergents ? À l’image du développeur qui se situe, de lui-même, à l’écart, se présentant volontiers comme une espèce intouchable, irréprochable : guru du code, chevalier du bit, drapé dans son manteau blanc de générosité, le développeur sous Diaspora* n’a jamais qu’une seule intention, la bonne :

Par contre je t’invite à être moins violent dans tes critiques sur le projet. Parce qu’encore une fois : c’est d[é]v[eloppé] par des bénévoles, certains perdent même de l’argent à maintenir des serveurs crash-test. Ils sont bien sympas de se démener de cette manière pour avoir un bout d’internet libre, même si tout n’est pas rose. Alors un peu de gentillesse, stp ;)

— Augier, développeur.

— Mais de quelle liberté parle-t-on ? Quel sens y aurait-il, d’ailleurs, à parler de réseau social libre ? Voyons voir…

Au fond, il faut bien avoir en conscience, comme on le martèle, çà et là, sur Diaspora*, que l’ensemble des utilisateurs ne forme nullement une catégorie homogène. Il faut en effet distinguer deux types d’utilisateurs. D’un côté, il y a l’administrateur, la figure tutélaire du réseau, sorte de juge de paix (autoproclamé) qui surplombe les échanges (publics et privés) sur son pod (nœud) de son autorité morale (le bien et le mal, le juste et l’injuste) — une variante du dictateur bienveillant (en qui l’on se doit de remettre aveuglément sa confiance). De l’autre côté, il y a l’utilisateur de base, celui qui se borne à l’utilisation d’un service qui lui est offert, gracieusement, par l’administrateur-propriétaire qui en garde le contrôle absolu.

Il ne faut pas se laisser abuser par toute la communication faite autour du (développement du) logiciel : Diaspora* n’est libre qu’au sens logiciel le plus strict du terme, les licences qui autorisent l’installation, l’utilisation, la modification et la redistribution du logiciel Diaspora*. Pas plus.

En revanche, le réseau créé par/entre les différentes instances logicielles installées et en fonctionnement (nœuds ou pods) n’est pas un réseau libre. — Cette distinction, pour évidente qu’elle paraisse aux yeux des différents administrateurs/développeurs, est source de confusion pour les autres, les simples utilisateurs qui n’ont fait qu’ouvrir un compte sur l’un des multiples nœuds (pods) existants.

Diaspora* n’est pas réseau social libre en ce sens, comme le dit RMS, qu’il n’est en rien juste, dans la mesure où le réseau Diaspora* ne se conforme à aucune norme établie (abstraite ou concrète) sinon des règles ou conditions d’utilisation arbitrairement définies par l’administrateur. Règles particulièrement injustes en ce qu’elles ne dépendent, en dernier ressort, que de sa décision individuelle. De fait, il peut imposer son pouvoir et condamner tout ce qu’il juge indésirable. Sur Diaspora*, c’est le propriétaire qui décide, vous êtes chez lui. La métaphore de la maison est intéressante en ce qu’elle permet d’installer une distinction ambiguë entre la sphère du domaine privé et celle du domaine public afin d’expluser (ou de tenter de le faire) le droit commun :

Les utilisateurs de dfr [diaspora-fr.org] sont chez moi. Il n’y a pas de contrat entre nous, je paye 450 euros de ma poche chaque année en refusant les dons pour que les gens qui le veulent puissent découvrir en avant première les fonctionnalités de d*. Je suis un particulier non conforme à la loi notamment concernant la déclaration à la CNIL. La réponse à la question « pourquoi supprime-t-il certains contenus sans demander aux autorités » est simple : je viens de me taper plusieurs nuits blanches et je n’ai aucune envie de passer des heures à discuter avec les autorités sur ce qui est illégal ou pas. diaspora-fr a été créé pour des besoins de développement, pas pour fournir un service.

Réponse de Fla, administrateur de diapora-fr.org.

L’affaire toute récente de la propagande de l’État Islamique a mis à rude épreuve Diaspora*. Elle a, par ailleurs, révélé certaines limites importantes du réseau. Dans sa conception initiale, Diaspora* a été pensé pour un usage domestique ou familial, une utilisation entre amis, trois ou quatre gus qui discutent de garage à garage, dans une forme de relation basée sur une confiance réciproque entre l’administrateur et ses administrés. Nul besoin d’être grand clerc pour envisager les problèmes que peut engendrer l’extension du réseau au-delà de ce cercle initial d’autant que personne ne semble avoir eu suffisamment de clairvoyance pour anticiper cette évolution.

Apprendre à laisser faire

Nous sommes vendredi matin et c’est la première journée que je passe seul depuis une éternité. Mon épouse attaque sa pré-rentrée aujourd’hui pour rattraper la journée de Pentecôte, les enfants sont chez les grands parents depuis le début de la semaine. Nous avons passé la semaine complète à aménager sa classe, à ranger, à jeter, récupérer la classe d’un collègue qui part c’est découvrir une espèce de caverne d’Alibaba, récupérer la classe d’un collègue d’un certain âge, c’est récupérer un musée de l’éducation, des choses totalement désuètes, le grand ménage, un grand ménage qui prend sacrément du temps ce qui explique partiellement mon absence du net.

Aujourd’hui, j’imprime mes derniers documents, je fais les transferts vers l’ordinateur portable, si je n’habitais pas à 75 km de mon lieu de travail j’aurai fait les photocopies, c’est une pénalité que j’apprends à gérer tant bien que mal, en même temps du fait de certainement changer d’établissement dans les années à venir afin de me rapprocher, c’est pénalisant mais pas une fatalité. D’ici lundi je serai prêt, mardi je ferai mon discours de rentrée pour les élèves de troisième dont je serai le prof principal une fois de plus.

Les résolutions de la nouvelle année n’ont pas de sens car elles ne s’inscrivent pas dans un cycle contrairement aux résolutions de rentrée. Pas mal de choses se jouent d’ici à la Toussaint et vont dépendre du rôle que vous avez choisi, car qu’on le veuille ou non, même si l’on met beaucoup de soi dans l’enseignement, on tient surtout un rôle. Le mien c’est celui du professionnel, avec les élèves, avec les collègues, avec les parents, il faut que j’essaie de m’y tenir le plus possible. Professionnel dans les relations qu’on entretient avec tout le monde c’est se prémunir de bien des problèmes que ce soit pédagogique, administratif, ou même humain. Alors certes, on passe pour quelqu’un de froid, de dur mais quelle importance ? Lundi, tout le monde se fait la bise, regarde le bronsage du voisin, s’interroge sur les vacances, je ne participe pas à la mascarade, pas de nouvelles de la grande majorité de mes collègues depuis deux mois, si je veux prendre des nouvelles, je prends mon téléphone ou j’envoie un mail comme j’ai pu le faire, pour moi l’école c’est le boulot. L’idée c’est donc de ne pas dépasser du cadre qu’on se fixe, et aussi surprenant que cela puisse paraître si bien sûr le travail que l’on fournit, les documents, la qualité, pédagogique, sont indispensables, c’est votre comportement, votre façon d’être qui fait toute la différence.

Gérer son naturel c’est difficile, je suis un rouleau compresseur et je dois travailler là dessus. Souvent j’ai raison, et j’ai tendance à ne pas écouter les autres car je sais que j’ai raison et donc je fais. Souvent à la sortie les gens sont bien obligés de reconnaître que j’avais raison mais au final on n’en tire absolument aucune gloire, le seul intérêt c’est d’avoir fait avancer la cause, avoir fait ce qu’il fallait faire pour le bien de tous. L’exemple typique c’est l’informatique, les solutions que je propose sont peu chères, propres, libres, je les impose car je les connais et je sais à quoi elles engagent. Le problème quand vous vous y prenez de la sorte c’est que vous allez devoir assumer pleinement la charge, et ça a tout intérêt de marcher sinon on vous rappellera que vous en êtes à l’origine. Le travail pour la gloire va être en recul chez moi, largement, très largement.

Alors on pourrait penser travailler pour de l’argent, relancer une auto-entreprise. J’y ai réfléchi dernièrement, mais ça ne vaut pas le coup. La population de Saint Pierre avec moins de 1500 habitants à l’année, pas viable. Étendre aux villages des environs pourquoi pas, mais des sociétés de prestation de service sont très bien implantées ici et ont pignon sur rue, quelles que soient leurs compétences et surtout leurs tarifs prohibitifs. De plus se faire taxer à plus de 20%, payer la nouvelle taxe professionnelle dont je ne connais pas le prix, c’est un coup à travailler gratuitement ou presque, prendre des responsabilités supplémentaires, des responsabilités qui me gavent.

Il faut donc apprendre à laisser faire, c’est terrible. Il faut proposer sans disposer, même s’il faut regarder les gens foncer droit dans le mur mais à côté de ça, le ouf, le grand ouf de la sérénité de la responsabilité qu’on n’aura pas prise.

C’est triste, mais j’ai l’impression que mon refus d’engagement s’étend à la population entière. Entre les gens comme moi qui se découragent, ceux qui ont toujours été passifs et qui regardent les autres faire, ceux qui disent non à tout, je ne m’étonne pas qu’on ne veuille plus embrasser de responsabilités, y compris politiques, quand on voit qu’on peine à trouver des maires, que même des gens refusent d’être ministres, il ne faut pas chercher bien loin d’où vient le malaise français.

Je pense que ce retrait, il faut l’étendre à notre pratique dans le logiciel libre. Je continuerai à afficher haut et fort que je suis utilisateur, je lancerai de temps en temps un « mais tu peux utiliser Linux ou un logiciel libre », mais en aucun désormais je ne tenterai d’imposer une solution libre. Que les gens se débrouillent après tout, qu’ils assument leurs choix, si on veut chercher des solutions alternatives, si on veut chercher des solutions, si on veut s’intéresser, ça existe, la toile est bourrée de blogs, de forum, de plaquettes …