La liberté commence où … où d’ailleurs ?

Actuellement ce qui anime le réseau diaspora* n’est pas le lycra rose ce qui est bien dommage mais l’arrivée massive de groupements islamistes sur le réseau. Fla est désormais une célébrité internationale puisqu’il répond même à l’AFP. La raison n’est pas bien complexe à saisir, le réseau est décentralisé, ce sont des individus de base qui tiennent des pods, on met de plus en avant la liberté, en gros ça donne l’impression qu’on peut raconter n’importe quoi et faire la fête au village. C’est donc sans surprise que des gens qui ont des choses à cacher finissent sur ce type de réseau, c’est encore sans surprise que d’autres utilisent le réseau TOR ou que TAILS la distribution Linux super secure soit utilisée chez tout individu qui veut rester discret. Et pour être un peu provoc, j’ouvre bientôt le pari que les téléphones Firefox OS vont bientôt être à la mode chez les pédophiles, les terroristes, les journalistes, les révolutionnaires, c’est ce qu’on appelle un effet de bord.

C’est difficile. C’est difficile car si par exemple je fais le choix de prendre des logiciels libres, de prendre un téléphone Firefox OS, ce n’est pas pour me cacher, me dissimuler, je n’ai rien de particulièrement honteux à cacher, mais je pars du principe que si j’ai le droit de vivre chez moi sans avoir des caméras qui surveillent ma façon de vivre, j’ai le droit d’en faire de même avec les appareils et les services que j’utilise. Ce qui est difficile c’est de faire comprendre à l’opinion publique que tous les outils que j’ai cités et qui sont désormais associés à l’illégalité, au terrorisme ou aux supers méchants de façon générale sont en fait créés à l’origine pour échapper à l’étiquetage de masse, au traçage qu’on est en train de faire sur les individus en toute impunité. La masse des utilisateurs de logiciels libres, de services libres, sont dans la démarche positive et ne détournent pas les logiciels afin de faire le mal, mais vraiment le bien quand on voit les initiatives pour les enfants, les personnes âgées, les gens qui n’ont pas de sous, c’est ça le logiciel libre.

J’aimerai revenir tout de même sur un point qui me parait essentiel, ce qu’on peut lire sur la devanture de Diaspora* :

Vous pouvez être qui vous voulez sur diaspora*. Contrairement à certains réseaux, vous n’êtes pas obligé(e) d’utiliser votre véritable identité. Vous pouvez interagir avec qui bon vous semble, comme vous le voulez. La seule limite est votre imagination. Diaspora* est également un logiciel libre, et vous pouvez donc en faire ce que vous voulez. Dans diaspora*, vous êtes le propriétaire de vos données. Vous ne donnez pas l’autorisation à une entreprise ou à qui que ce soit de les utiliser. Avec diaspora*, vos amis, vos habitudes et votre contenu sont vos affaires… pas les nôtres ! De plus, c’est vous qui décidez de qui voit ce que vous partagez, grâce aux Aspects.

Après l’épisode où je suppose il y a eu le scan des messages privés et quelques autres bricoles, il s’agit désormais d’une publicité très mensongère, on vient désormais de poser des barrières dans la liberté de Diaspora*. Pour ma part je ne suis pas choqué, ce qui m’étonne par contre c’est le troupeau d’hypocrites libristes qui s’insurgent quand Google ou Microsoft débusquent des pédophiles et qui ce coup-ci ferment complètement leur grande gueule. On voit ici le problème collectif d’une mauvaise foi caractérisée de tout bord. D’un côté des majors qui s’achètent une ligne de conduite pour couvrir un large pillage des données personnelles en donnant un os à ronger, de l’autre des libristes qui sautent à la gorge des grosses boîtes sur toutes les pratiques et qui s’écrasent largement quand des faits similaires se produisent chez nous.

La liberté n’existe pas, c’est un leurre, la liberté c’est selon l’endroit où l’on est, le contexte. Sur mon blog on est libre de faire ce qui me va bien, j’ai repéré des commentaires qui commencent à passablement me gonfler et je vais certainement commencer à modérer sévèrement, ce qui veut dire qu’ici vous êtes libres d’écrire et de participer selon mes propres critères, bienvenue dans la dictature. Sur Diaspora* vous êtes libres, vous avez désormais compris que vous êtes libres sous certaines conditions.

Je suis personnellement pour ma part pour le contrôle des pods, des scans réguliers sur certains termes, pour que ces espaces de liberté ne soient pas des espaces de non droit. Je fais exprès d’ailleurs d’utiliser une expression de Nicolas Sarkozy président hautement décrié pour ses propositions liberticides, ils vont tuer l’internet tout ça. Ce qui compte pour ma part c’est la moralité, le bien, un bien qu’il serait bien de définir mais pour moi dans les grandes lignes faire sauter des bombes, tripoter des gosses, tuer des gens ne rentre pas dans le bien, qu’importe les coups de canifs au règlement pour qu’on puisse vivre en paix et tant pis pour ceux qui se sentiront moins libres, ils peuvent toujours vivre au fin fond du Larzac et élever des pigeons voyageurs pour communiquer de façon secure.

Je note enfin un dernier point. Derrière chaque logiciel libre, derrière chaque pod, un responsable. Comme je l’indiquais dans une boutade sur Diaspora*, quand on sait ce que pense la NSA des utilisateurs de Linux, Fla le patron du pod diaspora-fr.org, est Linuxien, utilisateur d’un téléphone Firefox OS, et maintenant propriétaire d’un pod, il peut déjà anticiper ses vacances pour Guantanamo. De la même façon que je ne laisserai pas passer un propos sur le blog ou un artiste qui pourrait m’emmener au tribunal, je comprends totalement que les autres en fassent de même avant de se retrouver avec la cellule anti-terroriste à la maison, ce qui permet de conclure sur le fait que la liberté des autres s’arrête au moment où l’on risque de perdre la sienne.

Remarque : ce billet a été écrit avant la lecture de celui de Fla sur le thème.

Borne d’affichage (digital signage) avec un raspberry pi, enfin une solution : screenly

Souvenez vous, il y a un moment de cela j’avais acheté mon premier pi pas pour moi mais pour le lycée afin de faire ce qu’on appelle chez les professionnels du digital signage. Ce n’est pas anodin que j’insiste sur le terme anglophone, du fait qu’il n’y ait rien en France à ce propos à part une communauté Xibo qui a son forum à moitié fermé, à part moi qui en parle, comme je suis souvent le seul à parler de certaines choses en France, personne n’aborde le sujet, c’est clair qu’un afficheur dynamique à 40 € je dois être le seul malade mental qui doit chercher à en réaliser un. J’évoquais Xibo, Xibo 1.4.2 était complètement daubé, une nouvelle version vient de sortir et on peut observer les gens se battre pour le compiler pendant 40 heures sur le raspberry pi, ils échouent, j’ai lu un commentaire qui semblait officiel pour dire que Xibo était trop gourmand pour tourner sur un pi, un de plus. J’ai tenté openelec pour voir si on pouvait faire quelque chose, c’est un produit que je ne connaissais pas, c’est vraiment énorme pour qui veut créer un média center à pas cher sur sa télé, mais c’est une autre histoire, en tout cas pour moi, j’ai une PS3 et je suis le roi du monde, je vous invite toutefois à jeter un coup d’œil. Dans un moment de désespoir j’ai lancé mon moteur de recherche propriétaire préféré en tapant digital signage sur moins d’un mois et j’ai trouvé le bonheur avec screenly. Screenly s’installe comme une image traditionnelle par la commade dd, au lancement vous avez un magnifique écran qui vous indique l’adresse ip à laquelle vous connecter du type 192.168.1.x:8080, ce qui vous fait arriver aux captures suivantes :  

C’est simple, on a une liste d’éléments qui se décomposent entre de la vidéo, des images, une adresse web. On ajoute l’élément, on paramètre sa durée, pendant combien de temps on veut que ça apparaisse et en voiture Simone. C’est vraiment simple, intuitif, ça marche. Je n’ai rencontré pour l’instant que les problèmes suivants : la reconnaissance de certains caractères accentués, la reconnaissance des fichiers flv (en même temps c’est pas la mort), des problèmes de temps de chargement qu’on voit sur le site du lycée où d’un coup ça réapparaît, le site de la météo où les soleils n’apparaissent pas.

Il faudra donc un peu travailler ici ou mieux choisir les sites, il s’agit d’une image raspbian en tout cas puisque je viens de faire un gros sudo apt-get install browser-plugin-gnash ce qui ouvre d’autres perspectives. La problématique va rester la formation des collègues, en effet de l’image, de la vidéo et du web, ce n’est pas suffisant, un éditeur de texte aurait été l’idéal. Du fait que l’outil soit simple, il faudra juste montrer aux collègues comment taper du texte dans un logiciel de dessin de base et faire l’export au format jpg. On notera que la vidéo ci-dessous a été réalisée avec l’Open C de chez ZTE, la qualité est largement supérieure à celle de mon ancien Alcatel qui fait désormais le bonheur du beau-père.

La borne ainsi modelée entrera en production dès la rentrée.

Diaspora* dans la tourmente…

ou comment le cyberdjihadisme contraint le réseau Diaspora* à s’interroger sur ses propres fondements. Entendez par là : techniques et philosophiques.

Lorsque j’ai écrit mon article sur le cyberdjihadisme, je n’ai pas imaginé une seule seconde qu’un peu plus d’un mois après, le réseau Diaspora*, jusqu’alors épargné, serait lui aussi "victime" du djihad médiatique organisé par les organes de propagande de l’État Islamique.

Capture d'écran du premier post d'Al-Hayat Media Center.
Capture d’écran du premier post d’Al-Hayat Media Center.

En réalité, l’offensive médiatique sur Diaspora* a commencé il y a tout juste un mois et s’est intensifiée ses derniers jours avec la diffusion d’une profusion de liens notamment par l’un des principaux organes médiatiques de l’État Islamique, Al-Hayat Media Center, structure créée en mai dernier.

La stratégie médiatique de l’État Islamique est évidente, tant par la nature et la qualité des productions que par leur diffusion : multiplication des supports (vidéo, audio, magazine…), des langues (français, anglais, allemand, russe…), des formats (mp4, ogv, mp3, jpeg, pdf…), des relais de diffusion (réseaux sociaux, hébergements gratuits…).

Montage
Montage réalisé à partir de deux publications (en français) dont les liens ont été diffusés sur Diaspora* le 20/08/2014.

Ce qui est moins évident, en revanche, ce sont les raisons de cette profusion de contenus (liens, images, etc.) sur Diaspora* ces derniers jours. Outre le fait qu’un grand nombre de comptes utilisés sur Twitter ont été fermés récemment, on peut, en effet, s’interroger sur ce choix parmi d’autres réseaux sociaux moins populaires. Un article de la BBC, "Islamic State shifts to new platform after Twitter block", affirme que ce choix vient du peu d’opposition ou résistance que les propagandistes ont trouvé sur Diaspora* :

The relative resilience of Diaspora appears to have dictated its choice as the preferred alternative to Twitter for the new IS accounts set up in the past few days.

Mais, à bien y regarder, l’offensive médiatique est allée bien au-delà de Diaspora* : Friendica, Quitter, JustPaste.it, etc. Tous ont réagi promptement :

Quitter
Capture d’écran réalisée sur un compte ouvert par les propagandistes de l’État Islamique, 20/08/2014.

Comptes et contenus ont été supprimés sauf sur… JustPaste.it où persiste un très grand nombre de liens :

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Capture d’écran d’une page du site JustPaste.it le 20/08/2014.

Si Mariusz Żurawek, le créateur de JustePaste.it, a collaboré quand il lui a été demandé la suppression de certains contenus, en juin dernier, par ailleurs, il se dédouane de toute responsabilité quant à l’utilisation qui peut être faite du service qu’il propose :

“The people know that the service is not responsible for what users are posting,” Żurawek said. “As soon as they stop using Justpaste.it, they will find another site.”

Ce qui n’est pas le cas pour Diaspora*, comme l’explique Maxwell Salzberg de joindiaspora.com :

We have a zero-tolerance policy for violence and other hate speech, so we delete any accounts which have been reported as violating these terms.

Pourtant, l’article de BBC présente l’offensive des propagandistes sur Diaspora* comme la résultante d’une résilience toute relative du réseau. Ce n’est pas tant le terme résilience qui questionne que l’adjectif qui lui est accolé : relative. Ce qui est en cause est, ici, en somme, la capacité de réaction ou d’adaptation de Diaspora*. Sa lenteur, peut-être aussi.

Hier, dans la soirée, j’ai posté alerte sur alerte.

Alerte sur Diaspora*
Alerte sur Diaspora*

D’autres utilisateurs ont fait de même.

J’ai passé une bonne partie de la nuit de comptes en contenus. Je n’ai rien vu de bien différent de ce que j’avais consulté pour mon article sur le cyberdjihadisme, sinon des photos récentes postées directement sur certains comptes, des liens avec de nouvelles vidéos et de nouveaux numéros des magazines. Le nouveau était dans la profusion et la francisation des documents. Selon Fla, le podmin de diaspora-fr.org, ce qui était accessible n’était qu’une « minuscule partie de l’iceberg ». Je le crois bien volontiers.

Ce matin, suite aux nombreux signalements qu’il a reçus dans la nuit, Fla a fait une mise au point dans laquelle il fait part de l’inconfort de sa position : « Je suis donc dans un dilemme important, car s’il va de soi que je ne souhaite pas permettre la diffusion de contenu incitant à la haine et à la violence, je participe au projet Diaspora* car je pense que nous avons besoin d’endroits pour nous exprimer librement sans se faire censurer au moindre doute. »

— Cette oscillation entre censure et liberté (qui a teinté largement la discussion que nous avons eue) est une constante dans le Libre. Je ne vais pas m’étendre une énième fois sur un sujet que j’ai amplement abordé par le passé dans maintes articles sinon pour exprimer une certitude : je suis convaincu que nos tergiversations sur la liberté en générale (dont la liberté d’expression n’est qu’une variation) ou, pour le dire autrement, notre incapacité (relative résilience) à tenir un raisonnement serré sur cette notion est une porte grande ouverte à tous les vents. Et c’est très certainement pour cette raison aussi que le seuil de la maison Diaspora* a été franchi sans retenue. Point que souligne le communiqué qui a été publié sur le blog de la fondation ce soir.

Pour autant, nos échanges n’ont pas été vains. Loin s’en faut. Comme l’a dit Fla en fin de journée : « On se bouge. » La « communauté a réagi vite ». Et Diaspora* a refermé la porte au nez des mauvais coucheurs. Mais la vigilance reste de mise. C’est la nature même de Diaspora* qui l’exige.

C’est là l’autre point sur lequel le communiqué officiel de la fondation Diaspora* insiste : Diaspora* est développé librement et son réseau est décentralisé. Deux atouts majeurs dans son fonctionnement qui laissent la part belle à la responsabilité de ses utilisateurs. Conséquemment, personne ne peut limiter son utilisation pas plus qu’il n’est pas possible d’intervenir sur les différents nœuds (pods) qui forment le réseau ; chaque nœud particulier étant sous l’entier contrôle de son administrateur qui est le seul à pouvoir supprimer un contenu jugé "indésirable" ou "ligitieux". Et c’est très certainement là aussi l’une des raisons qui a motivé cette offensive des propagandistes de l’État Islamique.