Dans le cloud, personne ne vous entend crier

Tout le monde se fera hacker.

- WikiLeaks a hacké la diplomatie mondiale.
- La NSA hacke sans compter le net à tous les niveaux.
- Edward Snowden a hacké la NSA.
- Des minables sans envergure hackent les journalistes et leur familles.
- Encore d’autres minables ont hacké les photos intimes d’anonymes et de vedettes plus récemment.
- Google, Yahoo, Amazon, Facebook, Apple… hackent les données privées de leurs utilisateurs.

On pourrait dire qu’internet, c’est le mal. Qu’il est la cause de nombreux maux. Mais dire cela ferait le jeu de ceux qui veulent censurer et dompter internet pour en faire une télévision 2.0 pour vendre de la publicité et de l’abrutissement généralisé pour garder une population de moutons, loin, très loin de se rebeller.

Il y a le bon hack, celui qui révèle la vérité, et le mauvais hack, celui qui viole la vie privée.

Mais voila, nous sommes de plus en plus nombreux à dire qu’un autre web est possible. Cet autre web est possible si vous vous donnez les moyens d’agir autrement que comme un mouton.

Petits conseils entre amis

1. Ne rien en stocker en ligne d’important

Vous pouvez partager vos photos de vacances du Lubéron, les recettes de tante Lucette ou les listes de courses avec votre conjoint-e. Pas autres chose. Je ris en pensant à certains laboratoires de recherche français qui partagent leurs travaux entre collaborateurs via OneDrive de Microsoft. Faudra pas venir pleurer quand une boite américaine du fin fond de l’Arizona sortira un brevet anéantissant vos recherches.

2. Si vous stockez en ligne, utilisez des services hors des sentiers battus

Je pense à Wuala qui est chiffré en local sur votre machine avant d’envoyer vos données dans l’infonuagique, à SpiderOak ou Bajoo qui ont une politique de « zero knowledge » : ils ne pourront pas vous fournir de mot de passe de remplacement parce qu’ils ne le stockent pas chez eux.

3. Si vous tenez à faire des photos en lycra rose de votre chéri-e, faites des photos avec un appareil photo numérique sans wifi, ni réseau téléphonique

Pas de liaison avec les réseaux, ça limite la casse.

4. Si vous tenez vraiment à faire des photos en lycra rose de votre chéri-e, ne cadrez pas le visage

En cas de fuite, ça limite aussi la casse.

5. Enlevez les métadonnées de vos photos ou de vos documents

Sous Linux, utilisez MAT https://mat.boum.org/. Ça enlève les informations de localisation, de prise de vue, de dates…

6. Stockez localement hors ligne

Et bien oui, c’est le retour à la bonne vieille clé usb. Avec un mot de passe éventuellement, stocker dans un tiroir fermé à clé.

La vie, c’est simple comme un contenu hors ligne.

- Damien

Ce fut ma rentrée

7h05 je tourne la clé de contact dans le partner, Eun Ji Won dans le poste, pourquoi pas. J’aime bien Eun Ji Won c’est du vieux Rap Koréen du début des années 2000, le type a un excellent flow et caricature de façon totalement décomplexée les rappeurs américains des années 80, c’est ça que j’aime souvent dans la musique asiatique, ce côté 20 ans de retard sans honte, les mimiques, les emprunts parfois ridicules. Bien sûr, je descends la rue, la mer est en face, la fête foraine est quasiment démontée, le camping quant à lui est toujours plein. A 7h05 tout le monde dort, la route est vraiment à moi mais ce coup-ci j’en profite un peu, et je prends ma route communale à fond en chantant Burning and looting, vous noterez que j’ai pointé vers le film la Haine, des jeunes énervés. 7h55 j’arrive au lycée, je médite alors que la barrière des 50 minutes de trajet est incompressible, je ne suis pas le premier, la secrétaire est au travail. J’allume l’ordinateur, tout fonctionne et c’est normal, je suis dans mon lycée, il parait que quand cela ne marche pas c’est quand je suis absent et curieusement quand ça fonctionne c’est que je suis dans la place, comme ci j’étais une borne wifi, ou un borne wifi plutôt. Je prends ma pochette de prof principal, je vérifie que tout est cohérent, une erreur sur l’emploi du temps des élèves, vite, corriger, remplacer. La secrétaire m’appelle, je vois qu’il y a un problème, une fille pleure toutes les larmes de son corps, elle est accompagnée de ses parents. Elle m’explique qu’elle pensait rentrer demain, et le fait de découvrir qu’elle rentre aujourd’hui est un véritable drame, elle n’est pas prête. Je lui explique que si elle fuit aujourd’hui, elle fuira toute sa vie, et que de toute façon nous accueillons les parents dans un premier temps, si réellement cela va mal, elle partira avec eux après, elle accepte, c’est positif.

La phobie scolaire c’est quelque chose de particulier. Juan, un élève avec qui j’ai échangé 5 phrases d’une intensité terrible et qui impose un respect extraordinaire à ses camarades car quand il ouvre la bouche on sait que c’est pour dire quelque chose de puissant, a souffert de phobie scolaire, il avait besoin de nous rencontrer pour que ça aille mieux, accueilli en classe de troisième, je l’aurai en première cette année, la phobie scolaire s’est résorbée de façon automatique. J’ai souvenir de Clara il y a quelques années, un an tétanisée chez elle, premier cours avec moi elle refuse de passer au tableau, je la mets dehors en lui expliquant que c’est soit le tableau soit la porte, elle préfère prendre la porte. A la récréation, la mère avait appelé dans la minute pour chopper le tortionnaire qui avait purgé sa fille, et m’explique qu’elle fait de la phobie scolaire. J’explique à la maman que Clara va très bien et qu’elle a juste besoin de se faire secouer, après avoir trouvé un deal avec Clara de commencer à passer en demi groupe, Clara n’a plus jamais refusé de passer au tableau même dans une classe de 34 élèves de fous furieux. La phobie scolaire c’est vraiment quelque chose de particulier, je suis le genre d’individu qui à 95% du temps pense que lorsqu’un jette quelqu’un dans l’eau et qu’on lui dit nage, il nage, là je crois qu’on est dans les 5%, si la petite revient à l’école ce sera déjà beaucoup, les douleurs qu’elle avait ce matin n’étaient pas simulées, c’est fou le mal que l’esprit arrive à faire au corps, tant de souffrance.

Nous avons des élèves qui viennent de loin et les parents font souvent l’effort de se déplacer pour la rentrée, et ils ont raison, j’ai souvenir des rentrées réalisées avec mon père quand j’étais enfant, je regrette de ne pas avoir pu faire celle de main innocente, mes beaux parents étaient là. Profitant de la présence des parents, j’ai fait rentrer tout le monde avec moi, plutôt que de convoquer pour une nouvelle réunion. La majorité des nouveaux parents sont présents, les anciens me connaissent suffisamment pour être en confiance, j’ai quasiment puni chacun de mes anciens élèves. Je me lance dans un speech de 1h30 en balayant les points principaux, orientation scolaire et Diplôme National du Brevet des collèges, l’importance du suivi des parents, je vois que la jeune fille est en pleur, elle aura tout de même tenu 1h30. Les parents peuvent assez facilement juger de mon style rassurant, j’informe déjà deux de mes anciens élèves trop en confiance car maintenant ils sont en troisième que j’aurai leurs parents, que je connais déjà avant la fin de la journée pour informer que la rentrée démarre mal.

Arrive la pause méridienne, je la vois seule, une gamine qui ne va pas bien, et ça n’a pas de rapport avec la phobie scolaire, c’est la maladie bien connue de je débarque sur une autre planète et je me sens mal, seule. Je vais la voir, je me présente, je lui demande comment va, et je l’invite à manger. Elle me répond avec aplomb, la petite a du caractère, elle m’explique sa solitude, je lui montre des gamines de troisième qui sont sympas et qu’elle peut aller les voir, ça ira, je n’insiste pas. Plus tard je vois que mon chef d’établissement l’a récupérée, elle accepte de grignoter. Plus tard dans la récré, je vois que mes collègues de la vie scolaire ont envoyé les gamines de troisième dont je parlais voir la petite, elle finit par les suivre avec un grand sourire. La machine pédagogique fonctionne, tout est le mieux dans le meilleur des mondes.

La journée s’est déroulée normalement et sans absolument aucun stress ni même excitation de rentrée. Je crois simplement que le rodage y est pour beaucoup, le fait que l’inquiétude est ailleurs pour beaucoup. Demain matin à 7h05 je ne démarrerai pas le partner, à 7h05 je serai à l’arrêt du bus avec main innocente, que je pense je vais rebaptiser poulpinator l’enfant poulpe. Samuel connaît enfin son numéro de bus c’est un miracle, le nom de l’arrêt aucune idée, savoir quand il rentre pas plus, à quelle heure il finit ? L’entrée en sixième est exactement telle que je l’avais prévue, il s’en tamponne totalement le coquillard et attend d’être pris en charge par le pater et la mater comme à son habitude. Comme dirait Conan le barbare, ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort, s’il survit, il aura un semblant d’autonomie, si je survis à son année j’aurai franchi une étape supplémentaire dans l’incroyable talent de l’organisation familiale.

Bonne rentrée à tous, enfants, parents, professeurs et les autres.

 

Ce fut ma pré-rentrée

7h10 je tourne la clé de contact dans le partner, AaRON – U Turn (Lili) dans le poste, pourquoi pas. Je descends la rue, la mer est en face, je vis quand même ici pour ça alors je prends ma seconde de contemplation, je m’engage, je vois la fête foraine qui se fait démonter au sens propre, Saint-Pierre s’est vidé du jour au lendemain, une autre catégorie de touristes pourtant débarque, mes préférés, les vieux. A 7h10 tout le monde dort, je sais que je les retrouverai le soir, pour l’instant la route est à moi, j’essaie de ne pas trop en profiter, j’ai radicalement changé ma façon de conduire depuis l’an dernier, je conduis zen en continuant de beugler dans la voiture. 8 heures, j’arrive au lycée, je suis le premier, je sais que tout marche, c’est la vie, c’est beau la vie. Je regarde les réseaux Wifi, je vois que Roger, prononcer à l’américaine car Roger est canadien, a placé l’antenne Wifi, elle est à plus de 30 mètres et le signal passe à travers des tas de murs super épais. Comme j’aime à le dire, on aura du pigeon grillé toute l’année. Roger et moi c’est un roman d’amitié, pas une histoire d’amour vacances qui finit dans l’eau, avec sa grosse perceuse il place tout le matériel, les fils, et moi je configure la partie logicielle, c’est beau la vie, c’est encore plus beau qu’une société proposait la même chose à 250 € et que nous on paye 60 € et un peu de travail. Je lance mes photocopies, quelques collègues arrivent et les premiers problèmes informatiques apparaissent. Pas grand chose, ici une collègue qui a oublié son mot de passe de messagerie, là une bascule sur un logiciel, des soucis avec office365 dont l’ergonomie est quand même bravement pourrave. Tout le monde me voit m’agiter, on ne prend même pas le temps de me demander pour mes vacances, pudeur ou lecture de mon blog, je ne le saurais jamais, quand on voit un type avec quatre ordinateurs posés devant lui pour réparer les bobos, on évite de lui parler de vacances, on comprend qu’il est au travail.

Je donne à Roger le raspberry pour qu’il le place, quand il dit raspberry ça fait pas pareil que moi, c’est tellement suave, je suis super content parce que je vais me trouver un super nouveau problème à résoudre. En effet la télé est une vieille télé toute pourrie, c’est une HD READY, je m’en sors avec une résolution pourrie de moins de 680×480 alors que je regardais pour le HD READY on doit avoir au moins du 720p. Il semblerait qu’on peut forcer la configuration du pi depuis le fichier /boot/config, et choisir la résolution, demain malheureusement il faut bien accueillir les familles et les élèves, j’essaierai entre midi et deux heures.

Les réunions se suivent et se ressemblent trop, cela fait 11 ans que je fais ce métier et je n’ai jamais eu l’impression de faire une réunion qui faisait avancer les choses, pendant qu’on évoque les trucs d’avant les vacances qu’on a oubliés, je continue de mettre à jour les PC des collègues qui ne savent pas faire un update alors que c’est demandé en gros, que ce soit sous Linux ou Windows, j’en profite pour virer les barres ask, demain je passerai un nouveau netbook sous Xubuntu, un collègue se plaint de lenteurs sous Windows. 17 heures, tout le monde a fini de parler plus fort que son voisin, j’ai peu de choses à faire en informatique, c’est une satisfaction, les serveurs ont fonctionné pendant deux mois sans rien faire, la salle info sous debian n’a pas bronché, même si nos solutions sont quand même issues du bricolage, elles sont tout de même robustes.

Demain la rentrée.