Lectures aoûtiennes

Mois d’août « vancien »…

Chansons de la Terre Mourante (2e volume)
La Terre se meurt. Dans un futur lointain, l’agonie du soleil hypothèque l’avenir des humains qui ont oublié la technologie au profit de la magie. Dans cette ambiance de fin de partie, les derniers héros de l’humanité s’appellent Cugel ou Rhialto, T’saïs ou Pandelume. Ils sont mages ou voleurs, bretteurs ou escrocs, flamboyants et désespérés, et ils revivent, 60 ans après leur naissance, sous la plume des plus grands noms de l’Imaginaire.
 
En commençant le cycle de La Terre Mourante au début des années 1950, Jack Vance ne se doutait sans doute pas que ce cycle de fantasy influencerait des générations d’écrivains. George R. R. Martin et Gardner Dozois ont réuni Neil Gaiman, Tanith Lee, Tad Williams ou bien encore Lucius Shepard pour lui rendre hommage le temps d’une nouvelle.
Chronique_Vance_2
Le premier volume des chronique de la Terre Mourante était bon, j’ai continué à lire le second (en attendant le troisième tome qui devrait sortir bientôt). On continue sur le principe d’un auteur fan de Jack Vance qui écrit une nouvelle en hommage à l’auteur disparu il y a peu et son œuvre culte. C’est aussi exotique et décadent que l’original, bien écrit en général. Je me suis bien amusé à suivre les différentes aventures (mention spéciale au nain dans « Incident à Uskvosk » et au cousin de Cugel dans « La Proclamation de Sylgarmo »).
 
 
 
 
 
Le Visage du Démon 
On passe ensuite à un autre cycle très connu de Jack Vance : de la Science-Fiction pure et dure avec le cycle des prince démons
Après le cycle de Cugel, j’ai découvert les princes démons fin 2013, cela m’a plu et j’ai donc continué à suivre les aventure du sympathique et très rusé Kirth Gersen. Autre bonne surprise car je pensais que ce cycle de Jack Vance était un peu daté.
Visage_Demon
 
Kirth Gersen a juré de tuer les cinq monstres, des princes-démons, qui ont jadis massacré ses parents et réduit sa famille en esclavage. Cette quête de la vengeance va l’amener à parcourir toute la Galaxie et à découvrir des mondes aussi insolites que dangereux.
Lens Larque, son nouvel adversaire, est sans doute le plus brutal et le plus cruel. Son nom évoque pour tous un univers de supplices et de terreurs.
L’approcher, c’est dîner avec le diable.
Après Le Prince des étoiles, La Machine à tuer et Le Palais de l’amour, Le Visage du démon est le quatrième volume du célèbre cycle de Jack Vance, La Geste des princes-démons, qui en compte cinq.
Autre ambiance, toujours exotique, mais avec plus d’action. Kirth Gersen est déterminé à se venger. Ainsi, il espionne sans vergogne, utilise la ruse pour parvenir à ses fins voire élimine ses ennemis quand il n’y a pas d’autre moyens. Pas moyen de décrocher de ce roman avant la fin, il m’a captivé autant que les précédents tomes. Bref, si vous chercher de la bonne S-F classique, penchez-vous sur ce cycle disponible en poche.  
 
Au mois prochain.
NicK.
 

J’ai scanné sous Linux

Cela peut vous paraître aberrant mais mon dernier souvenir de tentative de scan sous Linux me ramène à l’époque où j’avais une vieille Canon trois en un, je pense que c’était il y a environ dix ans dans le Cantal. A l’époque j’ai souvenir d’un vieux logiciel tout dégueu qui devait être Xsane et je me souviens d’un échec particulièrement cuisant. Depuis je n’ai jamais eu besoin, je scanne de façon très ponctuelle des documents et je le fais de façon systématique depuis l’ordinateur de mon épouse. Hier profitant comme je l’indiquais de mon premier moment de solitude depuis deux mois, j’en ai profité pour scanner un manuel de physique, je l’ai fait directement depuis mon PC sous Xubuntu à partir de l’application simple scan. Simple Scan comme son nom l’indique vraiment bien, c’est particulièrement simple, la reconnaissance du scanner est immédiate. Contrairement aux autres logiciels que j’ai pu croiser sous Windows, Simple Scan fait toutes les images à la chaîne et enregistre en lot ce qui n’est pas inintéressant. Les opérations qu’on peut réaliser avec le logiciel sont rudimentaires, rotation, crop et c’est tout, en faire plus ne servirait à rien d’ailleurs, si on veut aller plus loin on utilise un logiciel de traitement d’images.

Ce qui est assez intéressant ici et il faut le noter, c’est que quel que soit votre scanner, vous aurez toujours la même interface de scan ce qui n’est pas le cas dans Windows où de façon systématique vous installez un lourd pilote avec une interface qui dépend uniquement de votre marque de scanner. On arrive donc à une uniformité quelle que soit le matériel employé, et c’est plutôt positif car le matériel peut évoluer, le logiciel quant à lui restera.

Il s’agit pour moi d’une agréable surprise, preuve que les choses évoluent sous Linux plutôt dans le bon sens.

Screenshot - 28082014 - 19:04:15

Diaspora*, logiciel libre ou réseau social libre ?

L’affaire récente de la propagande de l’État Islamique sur le réseau social Diaspora* a été un formidable révélateur de son immaturité et, peut-être même, celui de l’inadéquation de l’architecture du réseau aux objectifs affichés/affirmés par ses développeurs depuis le début du projet. — Plus encore, ce sont même les valeurs du Libre qu’une telle affaire interroge.

À la question, Diaspora* : logiciel libre ou réseau social libre ? On devrait, à mon avis, aujourd’hui, après les déboires qu’a connus le développement de Diaspora*, pouvoir répondre sans sourciller : les deux. Pourtant, cette identification, qui ne devrait très certainement pas être une alternative (ceci ou cela), ne semble pas faire l’unanimité au sein même de la communauté Diaspora*. Si tant est que l’on puisse même s’entendre sur le sens du mot communauté quand on parle des utilisateurs de Diaspora*. La notion même d’utilisateur étant elle aussi, sur Diaspora*, un curieux avatar sémantique. Tout comme semble l’être, quand on s’y penche d’un peu plus près, un bon nombre de notions (assez ordinaires dans le monde Libre). À la louche : conversation privée, conversation publique, confidentialité, liberté d’expression, légalité… autant de notions qui, sur Diaspora*, deviennent l’objet de tergiversations infinies, enveloppant les discussions du voile d’une confusion des plus épaisses. Une confusion que l’on se plaît, manifestement, à entretenir, en se retranchant derrière des considérations techniques voire de pseudo-réserves philosophiques : « En France, la liberté d’expression est limitée, donc cette liberté n’existe pas réellement. » Au-delà du sens des mots, sur lequel il paraît bien difficile de s’entendre, ces finasseries sémantiques jettent le trouble sur le positionnement et les valeurs défendus par le projet Diaspora* : « Et non, Diaspora* n’a pas été conçu comme un logiciel égalitaire. Diaspora* n’est pas l’URSS des réseau sociaux. Dispora* a été conçu pour concurrencer Facebook, point. » Dixit Augier, développeur. Un propos qui n’est en rien isolé.

Il faut bien intégrer cette idée : d* est un logiciel pas un service.

— Dixit, Augier, développeur.

Ainsi, Diaspora*, pour certains, n’est pas un service de réseautage ; Diaspora*, c’est d’abord et avant tout un logiciel, certes encore balbutiant, comme le dit Fla, l’un des administrateurs de diaspora-fr.org, mais un logiciel tout de même. Ce qui est mis en évidence, ici, ce qu’on veut surtout faire entendre, ce n’est pas seulement l’aspect technologique, c’est sa perfectibilité. Si Diaspora* est quelque chose, c’est d’abord, pour ceux-là, l’aventure d’un développement logiciel, un processus d’amélioration en cours, un perfectionnement que le simple utilisateur, je veux dire le non codeur, est appelé à rejoindre ou plutôt à expérimenter, c’est-à-dire à installer. Mais dans quel sens ce développement va-t-il ? — Le « bon sens » ! Voyons… Comment pourrait-on en douter ? L’on comprend mieux pourquoi, selon certains initiateurs (et continuateurs) du projet, ce qui est en jeu dans Diaspora* ce n’est pas son état actuel mais bien plutôt l’avenir du logiciel : « Diaspora* means a brighter future for all of us ». Un avenir meilleur pour tous ? — Certainement pas pour celui qui ne l’installe pas. Lequel semble être un paramètre ou une variable parfaitement négligeable.

On peut dès lors se donner quel intérêt il y aurait à inciter le lambda à rejoindre un tel réseau social, comme a pu le faire Cyrille avec autant d’insistance, quand on n’est ni développeur ni administrateur "réseau". Rejoindre une communauté ? Mais de quelle sorte est-elle cette communauté Diaspora* ? Y en a-t-il seulement une ? Je ne crois pas qu’on puisse réellement parler de communauté à propos de Diaspora*. Posons-nous la question : Qu’a-t-il de commun entre tous les inscrits, tous pods confondus ? Vues ? Intérêts ? Biens ? Y a-t-il même encore un sens à parler de communauté quand les intérêts des uns et des autres sont aussi divergents ? À l’image du développeur qui se situe, de lui-même, à l’écart, se présentant volontiers comme une espèce intouchable, irréprochable : guru du code, chevalier du bit, drapé dans son manteau blanc de générosité, le développeur sous Diaspora* n’a jamais qu’une seule intention, la bonne :

Par contre je t’invite à être moins violent dans tes critiques sur le projet. Parce qu’encore une fois : c’est d[é]v[eloppé] par des bénévoles, certains perdent même de l’argent à maintenir des serveurs crash-test. Ils sont bien sympas de se démener de cette manière pour avoir un bout d’internet libre, même si tout n’est pas rose. Alors un peu de gentillesse, stp ;)

— Augier, développeur.

— Mais de quelle liberté parle-t-on ? Quel sens y aurait-il, d’ailleurs, à parler de réseau social libre ? Voyons voir…

Au fond, il faut bien avoir en conscience, comme on le martèle, çà et là, sur Diaspora*, que l’ensemble des utilisateurs ne forme nullement une catégorie homogène. Il faut en effet distinguer deux types d’utilisateurs. D’un côté, il y a l’administrateur, la figure tutélaire du réseau, sorte de juge de paix (autoproclamé) qui surplombe les échanges (publics et privés) sur son pod (nœud) de son autorité morale (le bien et le mal, le juste et l’injuste) — une variante du dictateur bienveillant (en qui l’on se doit de remettre aveuglément sa confiance). De l’autre côté, il y a l’utilisateur de base, celui qui se borne à l’utilisation d’un service qui lui est offert, gracieusement, par l’administrateur-propriétaire qui en garde le contrôle absolu.

Il ne faut pas se laisser abuser par toute la communication faite autour du (développement du) logiciel : Diaspora* n’est libre qu’au sens logiciel le plus strict du terme, les licences qui autorisent l’installation, l’utilisation, la modification et la redistribution du logiciel Diaspora*. Pas plus.

En revanche, le réseau créé par/entre les différentes instances logicielles installées et en fonctionnement (nœuds ou pods) n’est pas un réseau libre. — Cette distinction, pour évidente qu’elle paraisse aux yeux des différents administrateurs/développeurs, est source de confusion pour les autres, les simples utilisateurs qui n’ont fait qu’ouvrir un compte sur l’un des multiples nœuds (pods) existants.

Diaspora* n’est pas réseau social libre en ce sens, comme le dit RMS, qu’il n’est en rien juste, dans la mesure où le réseau Diaspora* ne se conforme à aucune norme établie (abstraite ou concrète) sinon des règles ou conditions d’utilisation arbitrairement définies par l’administrateur. Règles particulièrement injustes en ce qu’elles ne dépendent, en dernier ressort, que de sa décision individuelle. De fait, il peut imposer son pouvoir et condamner tout ce qu’il juge indésirable. Sur Diaspora*, c’est le propriétaire qui décide, vous êtes chez lui. La métaphore de la maison est intéressante en ce qu’elle permet d’installer une distinction ambiguë entre la sphère du domaine privé et celle du domaine public afin d’expluser (ou de tenter de le faire) le droit commun :

Les utilisateurs de dfr [diaspora-fr.org] sont chez moi. Il n’y a pas de contrat entre nous, je paye 450 euros de ma poche chaque année en refusant les dons pour que les gens qui le veulent puissent découvrir en avant première les fonctionnalités de d*. Je suis un particulier non conforme à la loi notamment concernant la déclaration à la CNIL. La réponse à la question « pourquoi supprime-t-il certains contenus sans demander aux autorités » est simple : je viens de me taper plusieurs nuits blanches et je n’ai aucune envie de passer des heures à discuter avec les autorités sur ce qui est illégal ou pas. diaspora-fr a été créé pour des besoins de développement, pas pour fournir un service.

Réponse de Fla, administrateur de diapora-fr.org.

L’affaire toute récente de la propagande de l’État Islamique a mis à rude épreuve Diaspora*. Elle a, par ailleurs, révélé certaines limites importantes du réseau. Dans sa conception initiale, Diaspora* a été pensé pour un usage domestique ou familial, une utilisation entre amis, trois ou quatre gus qui discutent de garage à garage, dans une forme de relation basée sur une confiance réciproque entre l’administrateur et ses administrés. Nul besoin d’être grand clerc pour envisager les problèmes que peut engendrer l’extension du réseau au-delà de ce cercle initial d’autant que personne ne semble avoir eu suffisamment de clairvoyance pour anticiper cette évolution.